Executive Briefing – Quelle disruption pour les paradigmes de la performance financière ?

Written on 14 April 2020.


Comment mesurer la performance et valoriser une entreprise à l’ère du digital et des enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux ? Dans un monde en transformation, les théories financières héritées des années soixante sont-elles caduques ? Dans la première partie du e-book Performance 21, disponible en téléchargement gratuit, Philippe Foulquier, PhD, CIIA, professeur de finance à l’EDHEC Business School, directeur de l’Executive MBA de l’EDHEC à Paris et de la chaire de recherche EDHEC Value Creation, interroge les paradigmes de la performance financière. Il pose ainsi la première pierre d’une réflexion plus globale sur la performance financière et extra-financière et la création de valeur au 21ème siècle.  

 

Lorsque l’on s’interroge sur le choix d’indicateurs financiers pour mesurer la performance d’une entreprise, on réalise que la finance repose toujours sur la même théorie depuis plusieurs décennies : la Théorie Moderne du Portefeuille. Conceptualisée dans les années 1950 et 1960, elle a été consacrée en 1990, avec le prix Nobel de sciences économiques décerné à Harry Markowitz, William Sharpe et Merton Miller, considérés comme les fondateurs de la Finance Moderne. Cette théorie définit la performance d’un portefeuille d’actifs selon un couple rendement-risque : à chaque niveau de risque, il existe un portefeuille maximisant le rendement attendu.

 

Une taxonomie de 65 indicateurs conduisant à des mesures à 1,2,3 dimensions

Dans la première partie de Performance 21, Philippe Foulquier réalise une taxonomie des mesures de la performance financière (65 indicateurs ont été étudiés) et les classe en trois catégories associées à leur sophistication : les indicateurs focalisés sur une dimension (la marge), ceux à deux dimensions (marge et capital) et enfin ceux à trois dimensions (marge, capital et risque). Cette taxonomie le conduit à la conclusion que plus de 99% des entreprises dans le monde n’ont pas encore intégré la Finance Moderne des années 60 dans leur processus de décisions stratégiques et opérationnelles ! 

 

À l’ère de la disruption, les paradigmes financiers remis en question 

Mais dans un monde économique qui n’a plus grand-chose à voir avec celui des années soixante, cette théorie de la Finance Moderne est-elle toujours pertinente ? Une chose est certaine : le contexte a changé. Bien entendu, la digitalisation a transformé les modèles économiques. Le poids économique de l’immatériel n’a cessé de croître. Mais les changements ne s’arrêtent pas là. Historiquement, les mesures de performance étaient fondées sur l’idée que le capital était à la fois rare et cher, et que les autres ressources, humaines et environnementales, l’étaient moins. Aujourd’hui, avec des taux d’intérêt négatifs, l’argent se révèle moins rare. À l’inverse, l’environnement et l’humain gagnent en importance, en valeur. Ensuite, les cultures ont profondément évolué et, avec elles, la définition de la performance : "Par exemple, les millennials, sont arrivés sur le marché du travail avec de nouvelles attentes, de nouvelles valeurs, explique Philippe Foulquier. Leurs aspirations invitent les entreprises à se transformer et à mieux intégrer et piloter les dimensions sociale, sociétale et environnementale de leurs activités, en particulier si elles veulent continuer à attirer les talents." 
Face à ces mutations, de nombreux détracteurs remettent en cause la Finance Moderne héritée des années soixante. Et si la réponse était ailleurs ? Dans Performance 21, Philippe Foulquier ose ce qui, à l’ère de la disruption permanente, pourrait presque s’apparenter à de la provocation : et si la transformation de l’entreprise pour intégrer les enjeux digitaux, sociaux, sociétaux et environnementaux, reposait déjà sur la pleine adoption des trois dimensions de la Finance Moderne, plutôt que de chercher à la révolutionner ? Aujourd’hui encore, une grande majorité des entreprises n’a recours qu’à l’approche centenaire unidimensionnelle de la marge

"Si 100% des entreprises cotées ont intégré depuis longtemps – parfois sous la pression des investisseurs – l’importance des marges, du capital et du risque dans leur mesure de la performance, on peut constater que plus de 99% des entreprises non cotées passent totalement à côté et ne retiennent qu’une seule dimension du triptyque : les marges." Philippe Foulquier

 

Les dangers de la mesure de la performance à une dimension (les marges) 

Même les entreprises qui revendiquent recourir à une approche plus sophistiquée, en retenant la marge sur EBIT (alors que beaucoup d’entre elles se sont arrêtées à la marge sur EBITDA), ne répondent qu’à une problématique élémentaire : "combien l’entreprise a généré de profits"
Intégrer la deuxième dimension, le capital, permet d’aller plus loin et répondre à la question : "Combien l’entreprise a-t-elle généré de profits par rapport à ce qu’elle a investi ?". La troisième dimension, le risque, vient parachever le triptyque. "Combien l’entreprise a-t-elle généré de profits par rapport à ce qu’elle a investi et au regard des risques encourus ?". Pierre angulaire des trois nobélisés, le risque est pourtant très peu intégré dans les indicateurs de performance par les entreprises, pour des raisons non pas techniques… mais généralement culturelles. 
Philippe Foulquier s’appuie ainsi sur des cas concrets et récents d’entreprises d’échelle mondiale qui ont pris de mauvaises décisions stratégiques, uniquement parce qu’elles ne considéraient que les notions de marges sans intégrer les notions de capital et de risque dans la mesure de leur performance

 

Une approche holistique pour libérer le potentiel stratégique de la finance

Afin de relever les défis digitaux, sociaux, sociétaux et environnementaux d’aujourd’hui, la première évolution à impulser pour la plupart des entreprises serait donc déjà d’adopter les trois dimensions issues de Finance Moderne. Pour Philippe Foulquier : "Il s’agit de saisir l’opportunité de la transformation digitale et de ses enjeux pour remettre à plat la culture financière et les mesures de performance associée." 
Cette remise à plat est également une opportunité pour repenser les mesures de performance selon une approche holistique de l’entreprise – sous l’angle de l’allocation du capital – et non plus par silo. Cette (r)évolution culturelle doit donc être menée par la Direction Générale et/ou le Conseil d’administration, afin de faire évoluer la raison d'être de l’entreprise, Ses valeurs et sa stratégie. Cette vision holistique est une condition nécessaire pour pouvoir ensuite intégrer dans les mesures de performance les enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux qui feront l’objet des prochaines études de la chaire EDHEC Value Creation.
À travers des cas réels, issus des entreprises qu’il a lui-même conseillées sur ce sujets, Philippe Foulquier entend montrer que cette transformation est à la portée de toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, leurs valeurs, leur objet (y compris dans le cas des organisations à but non lucratif)… à condition de se poser les questions pertinentes. Avec Performance 21, il vient donner aux entreprises la matière à penser requise pour objectiver le débat actuel et accompagner les décideurs dans le changement
Avoir un impact immédiat, être utile au monde de l’entreprise et aux générations futures, c’est tout l’objet de la recherche telle qu’elle est menée à l’EDHEC – une vision résumée en un credo : "Make an impact".   

 

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Performance 21

Traité de la performance et de la création de valeur de l’entreprise au 21ème siècle
Par Philippe Foulquier, PhD, CIIA, Professeur de finance à l’EDHEC Business School, également Directeur de la chaire de recherche EDHEC Value Creation, Directeur de l’Executive MBA de l’EDHEC à Paris et Directeur Académique des Masters Finance pour le cursus Apprentissage. 

Sous-titrée Remise en cause des paradigmes traditionnels face aux enjeux de l’économie digitale et aux valeurs des millennials, cet e-book est composé de 5 parties. Il a vocation à accompagner les entreprises, et plus particulièrement les décideurs, dans le développement d’une vision holistique et dynamique de la performance et de la création de valeur. Il est issu des recherches menées par l’auteur au sein de la chaire de recherche EDHEC Value Creation, régulièrement sollicitée par les directions générales d’entreprises de tous secteurs, pour les conseiller dans l’adaptation de leur stratégie à un environnement en constante mutation. 

Un e-book en 5 parties :  

  • La première partie qui vient d’être publiée, est dédiée aux indicateurs financiers et intitulée Et si la transformation digitale offrait une opportunité pour changer les paradigmes de la performance financière ? Elle est disponible en téléchargement gratuit ici
  • La deuxième partie répondra à une question régulièrement posée à la chaire de recherche : "Peut-on conserver son ADN et ses valeurs (y compris celles de mutualistes, de coopératives, ou non lucratives), et adopter la mesure de la performance financière à trois dimensions présentée dans la première partie ?" Pour illustrer cette démonstration, des cas pratiques basés sur l’expérience de mutuelles d’assurance dévoileront que "mutuelles et performance n’est pas un oxymore".
  • La troisième partie consistera en une taxonomie des modèles de l’économie numérique afin d’analyser si ces derniers sont de nature à remettre en cause les paradigmes de la Finance Moderne. A quels nouveaux indicateurs recourir ? Elle posera également la question de l’évaluation des entreprises recourant à ces business model digitaux et en particulier la valorisation des start-ups. 
  • La quatrième partie se focalisera sur le poids des intangibles à travers une taxonomie dans l’économie d’aujourd’hui et étudiera la question de leur valorisation. 
  • La cinquième et dernière partie s’interrogera, à partir des conclusions des quatre parties précédentes, sur la création possible d’un indicateur intégrant les dimensions financière, sociale, sociétale et environnementale. 

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Consulter aussi l'article : 
"Expert Talk - Philippe Foulquier : "Quand la finance éclaire la prise de décision"
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