Depuis 2006, l’EDHEC–Risk Institute réalise annuellement une enquête en Europe portant notamment sur l’utilisation des ETFs, les fonds qui reproduisent l’évolution d’un indice boursier et qui se négocient en bourse comme un titre ordinaire.

La 13e édition de cette étude, dont les résultats ont été publiés fin septembre, a été l’occasion de s’intéresser à l’intégration de l’ESG (Environnement, Social, Gouvernance) dans ce type d’investissement.

Les répondants ont montré leur grand intérêt pour ce sujet puisque 95 % d’entre eux ont répondu aux questions portant spécifiquement sur l’ESG, bien qu’il n’y ait pas eu d’obligation à répondre à ces questions.

L’enquête a été réalisée au cours du premier trimestre 2020, auprès d’investisseurs professionnels, réputés expérimentés dans ce type d’instruments et de stratégies (investisseurs institutionnels, sociétés de gestion d’actifs, gestionnaires de fortune), au moyen d’un questionnaire en ligne. Elle a permis d’obtenir les réponses de 191 participants répartis dans 29 pays européens, avec une forte représentation des membres de l’Union européenne (65 % des répondants).

Ces répondants occupent des positions élevées dans leurs organisations (49 % occupent des postes de direction exécutive et 29 % sont des gestionnaires de portefeuille) et gèrent des actifs importants, avec 34 % d’entre eux représentant des entreprises gérant plus de 10 milliards d’euros d’actifs.

Un impact positif sur la société

Les répondants indiquent deux raisons principales pour intégrer une composante ESG dans leur investissement. Pour 65 % d’entre eux, il s’agit d’avoir un impact positif sur la société, et pour 58 % d’entre eux, de réduire l’exposition au risque de long terme. Seuls 25 % le faisaient dans le but d’améliorer la performance de leur investissement. Notons cependant que 63 % des répondants ont déclaré ne pas être prêts à accepter une réduction de performance en échange d’un meilleur score ESG.

Les dimensions de l’ESG par ordre d’importance. Auteurs.

La majorité des répondants (57 %) indiquent que le E (Environnement) est pour eux la dimension la plus importante de l’ESG. Le G (Gouvernance) arrive en deuxième position (36 % des répondants), et le S (Social) se classe en dernier, avec seulement 7 % de répondants qui considèrent que c’est la dimension la plus importante de l’ESG (voir figure ci-contre). Ce classement est en phase avec l’intérêt porté aux problématiques de changement climatique.

Dans la pratique, les répondants indiquent, pour 45 % d’entre eux, préférer l’approche best-in-class, c’est-à-dire choisir les titres ayant le meilleur score ESG de leur catégorie. Ils sont 30 % à recourir à l’approche thématique, et seulement 25 % à pratiquer un screening négatif, c’est-à-dire à éliminer complètement certains secteurs d’activité.

Au cours des années, les enquêtes successives ont montré une large adoption des ETFs pour investir dans les principales classes d’actifs. En 2020, 92 % des personnes interrogées utilisaient les ETFs pour investir dans les actions et 97 % en étaient satisfaits, une situation assez stable depuis une dizaine d’années. L’utilisation des ETFs portant sur l’investissement ESG s’est développée plus récemment.

Les investisseurs réclament plus d’ESG

En 2011, seulement 17 % des répondants investissaient dans l’ESG, contre environ un répondant sur deux (49 %) en 2020. Parmi eux, 55 % ont utilisé les ETFs pour investir dans l’ESG en 2020, alors qu’ils n’étaient que 22 % en 2011 et 33 % en 2019 (voir figure ci-dessous). Si l’on agrège les résultats, on voit que plus d’un quart (27 %) des utilisateurs d’ETFs utilisent aujourd’hui des ETFs basés sur l’investissement ESG, contre seulement 4 % en 2011.

Utilisation des ETFs dans l’investissement ESG. Auteurs.

En 2020, 54 % des investisseurs prévoient de continuer à développer leur utilisation des ETFs, bien que le taux d’adoption de ce type d’investissement soit déjà très élevé.

Les deux plus fortes demandes de nouveaux produits concernent les ETFs portant sur l’ESG (43 %) et les ETFs portant sur les titres à faible empreinte carbone (31 %), 50 % des répondants souhaitant le développement d’au moins un de ces deux produits.

Ces résultats indiquent ainsi l’intérêt des investisseurs pour les critères ESG. Ces derniers réclament en outre une meilleure intégration de ceux – ci dans d’autres véhicules d’investissement, comme les stratégies smart bêta, qui répliquent des indices aux méthodes de construction plus sophistiquées que les indices sur lesquels sont basés les ETFs traditionnels, ou encore les stratégies multifactorielles.

Les répondants souhaiteraient également que soient développées plus de solutions sur mesure. Les chercheurs et fournisseurs de solutions doivent donc poursuivre l’intégration d’une composante ESG dans leurs produits pour favoriser à leur adoption plus large par les investisseurs.

Cet article est copublié avec The Conversation France sous licence Creative Commons. Lire l’article original.