Pour lutter contre la ségrégation sociale au collège et favoriser la mixité sociale, une cinquantaine d’expérimentations sont en cours dans toute la France. L’analyse des résultats de la première année d’expérience pour trois d’entre-elles se déroulant à Paris a été publiée à la rentrée (Julien Grenet et Youssef Souidi, Secteurs multi-collèges à Paris : un outil efficace pour lutter contre la ségrégation sociale ?, notes de l’IPP n°35, septembre 2018). Les expérimentations réalisées tendent à montrer qu’en développant des « secteurs bi-collèges »[1], il est possible d’améliorer la mixité sociale dans le secteur public en réduisant les comportements de « fuite » vers le privé des enfants les plus favorisés. Cette attention particulière portée à Paris se justifie bien évidemment par le degré extrêmement élevé de ségrégation sociale qui caractérise la capitale. Mais les particularités parisiennes interrogent également sur la portée des expériences en cours pour au moins deux raisons.

Comme le montre une étude récente (Pierre Courtioux et Tristan-Pierre Maury, Private and public schools: a spatial analysis of social segregation in France, Document de travail du centre d’économie de la Sorbonne, n°2018-15) ce sont dans les agglomérations moyennes qu’en termes de ségrégation sociale les écarts publics/ privés explosent : pour les agglomérations situées entre 50 000 et 100 000 habitants, ces écarts représentent désormais plus de 39% de la ségrégation (contre 34% pour Paris). Dans ce cadre, ces logiques (et le comportement d’évitement des familles plus favorisées à l'endroit des moins favorisés) renvoient largement à une tendance à la l’abandon des espaces les plus urbanisés sur ces territoires, qu’il convient de corriger par autre chose qu’un nouveau mode d’affectation plus ou moins contraint des élèves aux collèges.

Ensuite, la « fuite vers le privé » ne correspond pas nécessairement à une préservation de l’entre-soi des plus favorisés. En effet, une étude à paraitre (Pierre Courtioux et Tristan-Pierre Maury, « Public, privé et éducation prioritaire : une analyse de la mixité sociale selon le secteur du collège, Formation-Emploi[2]) montre que ces dernières années au sein des collèges les moins mixtes socialement, l’entre-soi des plus favorisés a beaucoup moins diminué dans le public hors éducation prioritaire que dans le privé qui sur cet aspect fait mieux. Cette ouverture sociale dans le privé se limite cependant au mélange des catégories aisées et intermédiaires et intègre de moins en moins les plus défavorisés. Par ailleurs, concernant le public, ces résultats nous rappellent qu’un certain nombre d’établissements publics concentrent également les populations les plus favorisées car la ségrégation n’est pas indépendante de la ségrégation géographique et urbaine sur laquelle il est important d’agir. Les établissements ciblés par ces expériences ne sont sans doute pas les établissements dans lesquels la mixité sociale a le plus de progrès à faire. Les politiques en faveur de la mixité sociale au collège sont peut-être en train de rater leur cible !


Références

Courtioux P., Maury T.-P. [2018], Private and public schools: a spatial analysis of social segregation in France, Centre d’Economie de la Sorbonne, Working Papers, n°2018-15

Courtioux P., Maury T.-P. [à paraitre 2018], « Public, privé et éducation prioritaire : une analyse de la mixité sociale selon le secteur du collège », Formation-emploi. Autre version : Courtioux P., Maury T.-P. [2016], « Public, privé et éducation prioritaire : une analyse de la mixité sociale selon le secteur du collège », Centre d’Economie de la Sorbonne, Working Papers, 2016.48.

Grenet J. Youssef S. [2018], Secteurs multicollèges à Paris : un outil efficace pour lutter contre la ségrégation sociale ?, notes de l’IPP n°35, septembre.


[1] Il s’agit de remettre en cause le principe d’un secteur de recrutement par collège (tel que prévu par la Carte scolaire), et de mettre en œuvre d’autres modes d’affectation des élèves afin d’améliorer la mixité sociale sur le périmètre des deux collèges concernés par l’expérimentation.

[2] Le document de travail correspondant à cette publication est disponible dans la collection des documents de travail du Centre d’Economie de la Sorbonne.