Le Grand Débat National organisé par la CNDP (Commission Nationale du Débat Public) initié par le Président de la République semble avoir donné des idées aux gilets jaunes qui viennent eux-mêmes de lancer une plateforme de débat alternatif intitulé le « Vrai Débat ». Par ailleurs, la revendication du R.I.C. (Referendum d’initiative Citoyenne) semble y faire une des rares unanimité. De nouvelles formes participatives, nombreuses et innovantes, sont clairement en train de voir le jour.

Créer ex nihilo les conditions d’une participation innovante de ce genre n’est pas évident. Les incertitudes sur les modalités de la sortie du Grand Débat National (GDN) par exemple, le démontrent. Il existe un réel savoir-faire en matière de participation provenant de l’entreprise autour de diverses méthodes de gestion de l’innovation, comme le « design thinking » par exemple. Il permet de mettre en œuvre des outils d’intelligence collective pour faire travailler ensemble des groupes très nombreux, en respectant des règles préétablies. Beaucoup d’essais/erreurs ont été faits dans ce domaine, une littérature de recherche fournie a été accumulée sur le sujet, il serait dommage que le gouvernement ne s’en inspire pas pour faire changer d’avis les sept Français sur dix qui estiment que la consultation « ne sera pas utile pour le pays » (Sondage du Figaro du 11 janvier ).

Nous avons tenté de commencer ce périlleux exercice de translation, et voici les quatre premiers enseignements pour le Grand Débat National à tirer de l’expérience du participatif d’entreprise

► Toujours voir grand et lancer fort 

Le participatif pour être efficace doit être ambitieux, ouvert à tous et clairement souhaité et annoncé par le pouvoir. Dans sa phase de lancement, il doit proposer un espace d’échanges sur la base d’un cahier des doléances. Sans rien promettre. Le sous-titre du « Vrai Débat » des gilets jaunes qui assène un « ils ne nous ont pas invités » ne devrait pas être possible.

► Bien déterminer la méthode

Les lieux, les temps, les animateurs et les thématiques : un débat est une « Discussion souvent organisée autour d’un thème » selon la définition du Larousse. Pour éviter le tas d’idées éparses, thématiser. Annoncer avec clarté les étapes suivantes. Annoncer une approche de fusée à étage, vendre un enchainement d’étapes. Laisser agir l’émergence, auto-constituée, qui explique comment tout le monde peut s’y mettre, tout le monde peut participer. Comme acteur, comme administrateur, comme rédacteur de synthèse…

► Revendiquer le volontariat

Marteler que le débat ne fonctionne que sur la base d’un volontariat. Ne chercher à convaincre personne d’y participer. Ne pas de donner prise à la légitime suspicion de manipulation dans le lancement d’une phase participative. Que ce soit dans un cadre d’entreprise ou citoyen. Donner des éléments crédibles pour y répondre. Le principe participatif n’a vocation à être ni un sondage, ni une tribune. Il est un espace d’expression de personnes volontaires qui veulent échanger et co-concevoir des propositions. Il a besoin de réalité, de vérité, d’énergie positive, constructive, optimiste, progressiste. Il se construit parfois sur des indignations, mais toujours sur des rêves, des envies de progrès.

► Utiliser les vertus de la désignation

L’acte de désignation de participants a fait ses preuves en entreprise. Avoir été choisi, sélectionné pour participer est toujours apprécié, même par ceux qui refusent. Cette approche répond aux mêmes attentes que le tirage au sort qui a été envisagé pour le GDN. Elle permet d’éviter la surexposition d’une sous partie de la population. Il permet aussi de sortir du biais des débats qui ne nous donnent que l’avis de ceux qui adorent donner leur avis. On pourrait être invité au GDN, comme lorsque l’on est sélectionné pour être juré aux assises ? Il serait naturellement possible de refuser, dans ce cas une autre personne serait désignée pour obtenir une forme de quota représentatif.

Ici, comme ailleurs, l’essentiel c’est de participer. Le pire qui puisse se produire dans le lancement d’un système participatif, c’est le faux départ. Lorsque personne ne joue le jeu et que la dynamique ne prend pas. Lorsque l’organisation se méfie de la proposition et se défie de ses organisateurs. C’est assez rare en entreprise, et cela démontre un certain manque d’empathie pour ceux qui n’ont pas réussi à l’anticiper.

Certains diront que le GDN est mal né, qu’on ne lance pas un système participatif sous la menace d’une insurrection. D’autres, dont je fais partie, pensent que, sous réserve qu’il soit organisé avec une certaine sincérité, on a toujours à gagner à se mettre à l’écoute. Bien planifié, bénéficiant des nouvelles fonctions des plateformes numériques, appuyé par des rencontres de terrain, un participatif méthodique peut faire mieux que de remplir un rôle consultatif, en donnant vie à une réelle intelligence collective. Les mois qui viennent nous permettront d’observer si une force de consultation peut s’avérer force de proposition. Si c’est le cas, il faudra s’habituer à ce genre de débat. Parce qu’en manque de légitimité, le politique ne pourra plus rien décider d’important sans y avoir d’abord fait appel.