« S’étonner pour apprendre » ? Le dernier colloque d’Education Permanente (Nov 2014) est inspirant à bien des niveaux. Se laisser étonner, c’est se laisser déstabiliser, déranger… Un « état » qui, si on prend le temps de s’y pencher un peu, nous pousse en réalité vers une posture très réflexive.
Dans un article intitulé “Disturb me, please” (*  « s’il vous plait, dérangez-moi ! ») Margaret J. Wheately dit:

 « … si nous devons être surpris par une déclaration, c’est la preuve que nous tenions quelque chose d’autre comme vrai. Si nous sommes dérangés par un commentaire, cela indique que nous avions une croyance différente. Remarquer ce qui me surprend, ce qui me dérange, est une façon extrêmement efficace de découvrir mes croyances les plus profondes. Quand je suis choquée par la position de quelqu’un, cela me donne l’opportunité de voir mon propre point de vue de manière encore plus claire. Quand je m’entends dire « Comment est-ce qu’on peut penser cela ? », je m’ouvre une porte vers ce que je crois. Ces moments de véritable déstabilisation sont de vrais cadeaux. En rendant mes croyances explicites, je me retrouve en mesure de choisir consciemment de les garder ou de les changer. »

C’est là le premier ingrédient de l’étonnement : pour être déstabilisé, il faut au préalable être ancré. Ancré dans un savoir, plus ou moins conscient, ou dans une croyance, elle aussi plus ou moins consciente. L’étonnement peut alors provoquer une dynamique d’apprentissage: par la déstabilisation, nos croyances se révèlent à nous et nous pouvons choisir de les faire évoluer.

Pour nous, c’est ici que commence l’apprentissage. Tant que nous ne mettons pas à jour nos croyances sur le monde, nous ne faisons qu’engranger des données de plus, sans les intégrer réellement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’apprenant est souvent passif dans ces conditions !

C’est justement parce qu'apprendre, c’est changer et en particulier changer ses croyances sur le monde, que les pédagogies développées par la Chaire LCM s’appliquent en premier à les faire émerger pour en prendre conscience. Ensuite, le processus d’apprentissage s’enclenche et prend de l’ampleur à mesure des résonnances et des échanges qui se forment dans le groupe.
L’apprenant devient actif, car il sait maintenant ce qu’il a besoin d’apprendre. Le comment devient une question de méthode. Le plus grand pas a été fait.

Deux remarques cependant s’imposent : l’étonnement est tout d’abord un processus « fragile et sauvage » (Pierre Caspar) Chercher à le provoquer à tout prix à l’aide d’outils systématiques pourrait nuire à sa qualité instinctive et donc devenir très vite, complètement improductif, voir contre-productif. Deuxièmement, l’étonnement provoque un moment de déstabilisation. Les neurologues expliquent que le cerveau « bug » et marque un temps d’arrêt jusqu’à trouver un nouveau chemin de connections neuronales. Il y a donc bien un temps délicat, dont il faut prendre soin car son issue n’a rien de sûr : le mouvement vers l’apprentissage n’est pas automatique. Il doit être accompagné, facilité, en conscience et en toute bienveillance.

L’être humain est une alchimie délicate. Déranger nos croyances, socles sur lesquels nous nous sommes bâtis, nous met en relation directe avec notre part de vulnérabilité. La pédagogie devient alors un art de la finesse, de la justesse, pour accompagner l’apprenant là où il peut et accepte d’aller.

Et souvent ce qui nous étonne, nous formateurs, c’est à quel point, lorsque les conditions sont garanties, vous êtes prêts à vous laisser déstabiliser. Notre mission devient alors de vous accompagner à donner un sens à votre étonnement et donc à avancer dans votre apprentissage.

 

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