Qu’est-ce que l’accompagnement philosophique ?

 

Brigitte Aiache

 La philosophie n’est pas réservée aux « penseurs de profession », pour reprendre les mots de Kant, mais à tout Homme. Elle s’affirme comme une voie menant à un travail sur soi, permettant d’acquérir une maitrise de soi, afin de ne pas être ballotés aux grès des évènements, comme le disent les stoïciens.

Ainsi, la philosophie s’impose comme un art de vivre, de mieux vivre. 

La philo-thérapie ne peut pas être assimilée à du coaching ou développement personnel mené auprès des cadres supérieurs, pourtant elle s'y associe en les invitant  à une réflexion sur soi.

L’accompagnement philosophique s’inscrit dans la tradition socratique, en pratiquant l’art de la maïeutique.  Socrate a consacré sa vie à la philosophie et pourtant Socrate n’a rien écrit, il nous a appris à travailler sur la cohérence du raisonnement, il nous a fait comprendre que le questionnement est le point de départ de la pensée.

Ainsi, il nous a fourni les outils qui nous permettent d’investir de sens les situations de notre vie, afin d’acquérir une plus grande maitrise de soi et d’aiguiser notre faculté de penser. En effet, interroger, questionner, mettre en forme sans jamais s’enfermer dans des réponses trop nettes, trop claires, trop définies, tel est l’héritage socratique que l’accompagnement philosophique exploite.

Le philo-thérapeute guide le manageur dans sa recherche  par une série de questions et l'amène à identifier avec clarté les problèmes qu'il rencontre, à prendre conscience du véritable enjeu, ou de la  problématique qui se cache derrière les difficultés qu'il exprime lors de la séance. Le philosophe doit alors l’aider  à comprendre que les réponses à ses questions sont en lui. Chacun a sa propre philosophie, car chacun est doté d’une faculté de penser.

Or, l'expérience de la pensée est celle de la communicabilité avec soi-même, ce que Socrate définissait par le discours silencieux entre le « moi » et le « moi-même », mais c'est également l'expérience de la communicabilité avec autrui. 

L'idée est donc de confronter chacun des managers aux idées de nos pères afin qu'ils s’approprient une perspective philosophique qui leur est propre. C'est à partir de ce travail, à  fois individuel et personnel, que le travail en groupe devient fructueux. Chacun peut alors construire avec les autres un véritable échange. Le groupe apparaît comme un espace où se tisse un réseau de relations humaines, d'échanges d'actions et de paroles.

Ainsi, le philo-thérapeute propose un cadre d’exploration permettant d’identifier et d’interpréter le problème en jeu. La finalité de l’initiation et de l’invitation aux idées philosophiques, est d’adopter une perspective philosophique afin d'acquérir des outils précieux pour faire face au  problème posé.

Le philo-thérapeute utilise les apports philosophiques pouvant contribuer à définir nos valeurs personnelles. Or, par le questionnement, l’accompagnement philosophique trouve son application concrète dans notre vie professionnelle.

Le questionnement amène le manager à investir de sens la situation dans laquelle il se trouve.

Nous pouvons par exemple poser les questions suivantes :

Quel sens recouvre pour vous la notion de travail ?

Le travail est-il facteur d’épanouissement ou s’identifie-t-il à un moyen de gagner sa vie ?

Quel lien établissez-vous entre projet professionnel et projet de vie ?

Quelle relation entretenez- vous avec l’entreprise , avec votre équipe?

Comment vous percevez-vous au sein de l’entreprise ? Comment les autres vous perçoivent-ils ?

L' enchainement de questions amène au véritable enjeu, qui se cache derrière la notion de travail : Le sens de l’existence, de son existence.

 

C'est, par exemple, en revenant à des idées comme la distinction d'Hannah Arendt entre travail, œuvre, action ; à la dialectique hégélienne du maître et de l'esclave,  à l'affirmation de sa volonté et de ses propres valeurs au sens nietzschéen ou encore à la « contrainte » pour l'homme à la liberté et à la responsabilité,idée proprement sartrienne, que nous inviterons nos manageurs à réflechir sur leurs propres valeurs et à réinvestir de sens leur fonction au sein de l'entreprise.

La notion de travail s’associe à celle d’utilité et d’intégration. Le travail structure la société en y faisant participer ses membres de manière active. Cependant, lorsque l’individu dissocie le notion de travail de celle d’utilité, lorsqu’il se réduit à une entité anonyme au sein de l’entreprise, lorsqu’il a le sentiment d’être interchangeable, lorsqu’il pense être instrumentalisé, il perd toute estime de soi, toute reconnaissance et éprouve un sentiment d’inutilité.

C’est précisément sur ce point que le groupe d’accompagnement philosophique trouve toute sa dimension.

Il permet de définir les exigences que rencontre l’entreprise, exigences qui s’enracinent dans la logique de l’économique ; mais en même temps, il amène à réfléchir sur le facteur humain. L’homme, au sein de l’entreprise doit se sentir utile à la production des richesses, il doit entrer dans un projet, qui par son travail, est constitutif de la construction de la société.

Le groupe d’accompagnement philosophique aide les managers à prendre conscience que si la logique de l’économique est incontournable, le travail ne doit pas être pris dans le sens du travail démiurgique. En d’autres termes, le travail ne doit pas être exclusivement un travail qui crée un monde nouveau, autonome, au-delà et quasi indépendant de l’individu et de la masse.

C’est dans ce cas que le travailleur, persuadé de porter ce monde nouveau, risque de tomber dans un nihilisme destructeur. Peu à peu, il prend conscience que loin de dominer ce monde qu'’il a participé à construire, loin de réaliser l’unité entre l’homme et le monde, loin donc de se reconnaître dans son travail, il devient de plus en plus étranger à ce monde nouveau et étranger à lui-même. Or, ceci entraîne une perte de la réalité et de sa propre réalité.

Dans ce sens, le groupe d’accompagnement philosophique aide à la réconciliation entre l’échange économique et l'échange social au sein de l’entreprise et prévient des risques psycho-sociaux.

 

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