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Transition vers une économie circulaire : comment impliquer un maximum d'acteurs ?

Arne De Keyser , Professor

Dans cet article, Arne De Keyser, professeur à l'EDHEC, propose, sur la base d'un travail commun avec ses 5 co-auteurs (1), des pratiques concrètes pour impliquer davantage dans l'économie circulaire les différents acteurs en présence.

Temps de lecture :
6 déc 2023
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Mieux comprendre l'économie circulaire

Le concept d'économie circulaire marque un changement transformateur des modèles traditionnels de consommation et de production linéaires, qui suivent généralement un schéma "extraire-produire-consommer-jeter", vers un modèle qui met l'accent sur l'utilisation continue des ressources. La circularité offre non seulement des avantages environnementaux, mais aussi des avantages économiques et sociaux en favorisant la croissance durable et l'innovation.

Les modèles économiques circulaires (Circular Business Models) sont au cœur de cette évolution, et des approches novatrices sont adoptées dans divers secteurs. La transition vers ce type d'économie est complexe et nécessite l'engagement de divers acteurs, y compris les entreprises, les consommateurs et les organismes gouvernementaux. D'où la question centrale : comment pouvons-nous impliquer un maximum d'acteurs dans l'économie circulaire ?

 

Six recommandations pratiques pour stimuler l'engagement en faveur de l'économie circulaire

Pour comprendre et favoriser l'engagement dans l'économie circulaire, nous avons procédé à un examen approfondi de la littérature sur ce sujet (1) et en avons déduit un ensemble de six pratiques - informer, convaincre, mettre en relation, légitimer, soutenir et former - toutes nécessaires pour stimuler la motivation, les opportunités et les capacités des acteurs à s'engager dans l'économie circulaire.

En lien avec la motivation : informer et convaincre

Informer consiste à mettre en évidence les avantages à long terme et la durabilité des modèles circulaires. Il s'agit de démontrer que les pratiques circulaires ne se contentent pas de réduire l'impact sur l'environnement, mais qu'elles offrent également des avantages économiques tels que des économies d'énergie et un allongement du cycle de vie des produits. Cette approche peut modifier le point de vue des consommateurs et des entreprises, en leur permettant de comprendre et d'apprécier les pratiques circulaires. Un exemple efficace est celui des entreprises qui obtiennent des certifications telles que le label écologique de l'UE (2) pour signifier leur engagement à respecter des normes environnementales élevées et ainsi convaincre d'autres entreprises de faire affaire avec elles.

Convaincre, c'est persuader activement les autres de s'engager en attirant leur attention sur des avantages financiers et pragmatiques spécifiques. Cela inclut des stratégies telles que la présentation des économies financières immédiates ou la démonstration de la facilité de transition vers des modèles circulaires. Un exemple concret est celui des influenceurs qui font la promotion des boucles matérielles et techniques dans le secteur de la vente au détail de produits de mode, où des incitations telles que des bons d'achat et des coupons promotionnels sont utilisées pour influencer les choix des consommateurs.

En lien avec les opportunités : mettre en relation et légitimer

Mettre en relation consiste à établir des liens bénéfiques avec d'autres acteurs afin d'échanger des ressources dans un contexte de modèle circulaire. C'est là que les initiatives de collaboration, telles que celles entre les entreprises et les sociétés de recyclage, créent une valeur mutuelle. The Circulars (3), par exemple, est une organisation qui tente d'assurer et d'accélérer la mise en relation entre les organisations qui souhaitent donner la priorité aux innovations circulaires.

Légitimer implique d'élaborer des mesures qui créent un contexte institutionnel solide pour ce sujet de la circularité. Les gouvernements peuvent jouer un rôle central en adoptant des politiques qui encouragent les pratiques vertueuses et facilitent la participation de tous les acteurs. Les lois françaises sur la lutte contre le gaspillage et l'économie circulaire, par exemple, visent à éliminer les déchets en interdisant aux entreprises de détruire les produits non alimentaires invendus et en encourageant leur réutilisation, leur recyclage et/ou leur don.

En lien avec les aptitudes: soutenir et responsabiliser

Soutenir implique de fournir les ressources financières et en infrastructures nécessaires pour permettre aux acteurs d'adopter les modèles économiques circulaires. Cela peut, par exemple, se traduire par des mesures prises par les autorités municipales qui investissent dans des systèmes de vélos partagés afin d'améliorer la capacité des citoyens à participer à ces initiatives et à les utiliser.

Former vise à se concentrer sur le développement des compétences et des connaissances, afin de promouvoir l'autonomie. Par exemple, la Fondation Ellen MacArthur (4) joue un rôle important dans ce domaine grâce à ses initiatives et ressources éducatives qui visent à inspirer et à permettre la transition vers l'économie circulaire. En proposant du matériel pédagogique, des études de cas et des projets de collaboration, la Fondation donne aux entreprises, aux décideurs politiques et aux universitaires les connaissances nécessaires pour mettre en œuvre les principes de l'économie circulaire.

 

Les implications

Comme évoqué, l'économie circulaire représente un changement significatif par rapport à l'état d'esprit actuel, offrant une alternative durable qui bénéficie à l'environnement et à l'économie. Pour que ce modèle réussisse, il faut que tous les acteurs de la société s'impliquent activement. Le cadre ci-dessus, développé dans notre récente publication dans le Journal of Service Research (1), trace une voie claire pour obtenir l'engagement des différents acteurs.

Ces six pratiques concrètes doivent être mises en place pour motiver, informer et aider les différents acteurs - gouvernements, entreprises, clients - concernés. En donnant la priorité à ces pratiques, nous pouvons changer de paradigme et passer d'une simple minimisation des dommages à une régénération active des ressources dans le cadre d'un nouveau modèle économique.

Cela implique également un changement culturel majeur, où les consommateurs ne sont pas seulement des utilisateurs finaux passifs, mais des participants actifs au cycle de vie des produits et des services. Les entreprises, quant à elles, doivent innover et revoir leur conception en fonction de la circularité, non pas après coup, mais dans le cadre initiale de leur stratégie commerciale Les gouvernements doivent faciliter ce changement en adoptant des lois et des mesures incitatives qui encouragent les pratiques durables. Par-dessus tout, il s'agit d'un effort collectif que nous devons entreprendre dès maintenant !

 

Références

(1) Verleye, K. (Ghent University), De Keyser, A. (EDHEC), Raassens, N. (Eindhoven University of Technology), Alblas, A. (Eindhoven University of Technology), Lit, F. (Ghent University and Eindhoven University of Technology) & Huijben, B. (Eindhoven University of Technology). (2023). Pushing Forward the Transition to a Circular Economy by Adopting an Actor Engagement Lens. Journal of Service Research, forthcoming. https://doi.org/10.1177/10946705231175937

(2) Lancé en 1992, le label écologique de l'UE aide les consommateurs, les détaillants et les entreprises à faire des choix durables.. https://environment.ec.europa.eu/topics/circular-economy/eu-ecolabel-home_en

(3) “The Circulars accelerator” est une initiative d'Accenture, en partenariat avec
Anglo American, Ecolab et AWS. En collaboration avec le Forum économique mondial et UpLink https://thecirculars.org/

(4) Une organisation caritative engagée dans la création d'une économie circulaire https://www.ellenmacarthurfoundation.org/

 

Photo de Agence Olloweb sur Unsplash