La Syrie après Assad : une transition sous haute tension

Entre recomposition des alliances régionales et fragilités internes, le nouveau pouvoir syrien avance sur un fil.

La Syrie en transition : entre équilibre des puissances et fractures internes

 

Un équilibriste dans une région en guerre

Depuis le déclenchement de la guerre contre l'Iran fin février, le président intérimaire Ahmad al-Charaa tente de rester en dehors de la conflictualité régionale. Alors que son territoire est la cible d'attaques de milices chiites irakiennes désireuses de déstabiliser le nouveau pouvoir qui a fait sortir le pays de « l'axe de la résistance », et que son espace aérien est utilisé par Israël pour mener ses frappes contre l'Iran, la Syrie poursuit un rôle d'équilibriste entamé depuis le changement de régime en décembre 2024.

 

Proposant une version syrienne du « zéro problème » avec les voisins mais aussi avec les puissances internationales, Ahmad al-Charaa multiplie les visites à l'étranger, désormais permises par son retrait des listes noires des personnalités considérées comme terroristes. Ces rencontres visent avant tout à obtenir le financement de la reconstruction et la difficile relance de l'économie syrienne, espérée par la population près d'un an et demi après la chute de Bachar al-Assad. Tant les pays occidentaux par la levée des sanctions, que la Turquie ou l'Arabie saoudite, semblent faire le pari d'une réussite de la transition syrienne, retardant toutefois les investissements attendus. Dans le même temps, les visites à Moscou illustrent la nécessité de ne pas se mettre à dos Poutine, qui a accordé le refuge à son ancien allié Assad, mais compte conserver une présence dans le pays. Le grand écart des alliances que tente de construire le nouveau pouvoir syrien traduit ainsi la conscience de sa fragilité, également rendue manifeste par son incapacité à réagir aux attaques et à l'avancée d'Israël sur le plateau du Golan.

 

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Carte du Mois - Juin 2026

 

Une société entre volonté de participer et exacerbation des tensions

Les effets de ces efforts internationaux sont particulièrement scrutés par la société syrienne, qui attend de voir redémarrer le pays. Après cinquante-quatre ans d'autoritarisme assadien et quatorze ans de guerre civile, la société apparaît à la fois dans sa volonté de participer au politique et aux choix qui vont dicter son avenir (chaque décision controversée est ainsi suivie de manifestations), et dans l'exacerbation de ses tensions, notamment communautaires, issues du régime précédent, de la guerre, et des difficultés de la transition.

 

Celles-ci sont apparues de manière particulièrement douloureuse en 2025 au moment des massacres d'alaouites sur la côte, et de druzes au sud du pays. Les exactions commises et les lenteurs pour en juger les responsables fragilisent la confiance dans le pouvoir de transition, dont est en outre attendue une plus grande ouverture politique. Le dialogue national annoncé n'a toujours pas pris place, la société civile reste à l'écart du pouvoir, et les élections législatives d'octobre 2025 n'ont pas permis de rassurer sur la diversité (politique et communautaire) des représentants intégrant le Parlement.

 

La question kurde et le défi sécuritaire

Dans le même temps, le feu vert américain a permis au pouvoir la reprise de la majorité des territoires qui étaient passés sous gouvernance kurde pendant la guerre, autour d'un accord politique concédant des droits inédits aux populations kurdes, reconnues comme une composante de la Syrie, contre l'intégration de leurs forces militaires dans l'armée, mais aussi le contrôle des ressources (notamment pétrolières), des frontières et des camps de prisonniers, comprenant en particulier des combattants de l'EI.

 

Le sort de ces derniers est particulièrement scruté par les partenaires de la Syrie, soucieux de la sécurité internationale et attentifs à la capacité du nouveau pouvoir à combattre efficacement le terrorisme, autant qu'à contrôler l'ensemble du territoire. Cette analyse cartographique entend ainsi montrer les enjeux internes et internationaux de la transition syrienne.