Le détroit d'Ormuz sous tension

Quand l'artère pétrolière et gazière mondiale devient le théâtre d'un bras de fer entre l'Iran et l'Occident

Le détroit d'Ormuz : tension permanente sur l'artère pétrolière et gazière mondiale

 

Le détroit d'Ormuz : artère vitale du cœur pétrolier et gazier de la planète

Samedi 28 février 2026, Israël et les États-Unis ont lancé une campagne militaire d'envergure contre l'Iran. En réponse, les gardiens de la révolution, bras armé de la République islamique, ont annoncé la fermeture « de facto » du détroit d'Ormuz. Quelques heures plus tard, l'Iran a revendiqué, via la télévision d'État, l'attaque d'un pétrolier qu'il accuse d'avoir franchi « illégalement » le détroit.

 

Notre carte montre que ces récents événements s'inscrivent dans une longue série de tensions qui se cristallisent dans le détroit d'Ormuz, un espace vital pour les échanges d'hydrocarbures à l'échelle mondiale.

 

Carte du mois - Mars

 

Le détroit d'Ormuz : tension permanente sur l'artère pétrolière et gazière mondiale

Large d'à peine une cinquantaine de kilomètres en son point le plus étroit, le détroit d'Ormuz est l'unique passage maritime qui connecte l'océan Indien et le Golfe arabo-persique. Or, les pays riverains de cette mer quasi fermée sont parmi les premiers producteurs de pétrole brut et de gaz naturel au monde, Arabie Saoudite, Irak et Qatar en tête. Cet espace maritime est donc truffé de vastes complexes énergétiques pour exploiter les gisements offshores, mais également de terminaux d'exportation (cercles violets et verts). Le ballet constant de tankers et de méthaniers qui y transite est naturellement dirigé vers la seule porte de sortie possible : le détroit d'Ormuz. Afin de montrer le rôle « d'entonnoir » joué par ce passage maritime, nous avons choisi de prendre certaines libertés vis-à-vis des conventions cartographiques en orientant la carte non pas vers le nord, mais vers l'est. En 2024, environ un cinquième du gaz naturel liquéfié et plus d'un quart du pétrole transporté par voie maritime à l'échelle mondiale sont passés par le détroit d'Ormuz, avec pour principale destination le marché asiatique.

 

La circulation dans le détroit : un levier de négociation et de nuisance pour l'Iran

Le Sultanat d'Oman et la République islamique d'Iran se partagent à parts égales la souveraineté sur le détroit en vertu d'un accord bilatéral datant de 1974. Pour des raisons de sécurité, la circulation maritime est concentrée sur deux couloirs en eau profonde le long des côtes omanaises avant de rejoindre les eaux iraniennes (couloir bleu). Comme l'Iran ne reconnaît pas le caractère international du détroit, il s'estime fondé à y intervenir, voire à en restreindre ou fermer l'accès lorsqu'il le juge nécessaire. Depuis les années 2000, Téhéran a renforcé ses moyens dans la zone et dispose d'une force navale d'intervention rapide, basée principalement à Bandar Abbas, et de capacités balistiques, notamment sur l'île disputée d'Abou Moussa, contrôlée par le Corps des gardiens de la révolution.

 

Bien que la République islamique ait déjà saisi des pétroliers occidentaux (carrés rouges sur la carte) et brandi la menace de fermer le détroit, le plus souvent en réaction aux sanctions visant ses exportations d'hydrocarbures, elle n'est jamais, jusqu'à aujourd'hui, passée à l'acte : la quasi-totalité de ses propres exportations pétrolières emprunte ce même passage. Elle n'a pas non plus les moyens d'y établir une suprématie maritime face aux effectifs occidentaux basés dans le golfe, qui ont été considérablement renforcés au cours des dernières semaines.

 

De faibles capacités de contournement terrestre face à un risque d'embrasement

Cela étant, nul besoin d'instaurer un blocus maritime en bonne et due forme pour perturber la navigabilité dans le détroit. Depuis 2018, des actes de sabotages et des attaques de drones attribués à l'Iran avaient déjà fait craindre un risque d'embrasement dans le détroit (rond rouge). Le contexte sécuritaire actuel particulièrement volatile, doublé de l'augmentation du prix des assurances maritimes, pourrait rendre le détroit impraticable à court terme. Or, les routes alternatives sont limitées. À l'exception de l'Irak, tous les grands producteurs de la région ont fait construire des pipelines leur permettant de contourner le détroit (traits violet et vert). Mais ces infrastructures ne sont pas dimensionnées pour absorber le report de l'ensemble des flux maritimes. Qui plus est, ces installations terrestres constituent elles aussi des cibles de choix dans un scénario d'escalade militaire. Rappelons qu'en 2019, l'oléoduc Petroline (Arabie Saoudite) avait été la cible d'une attaque revendiquée par les houthistes yéménites, alliés du régime iranien.

 

Si l'issue du conflit actuel est encore très incertaine, cette analyse cartographique nous permet de comprendre qu'il aura sans doute des répercussions sur le marché mondial des hydrocarbures.