Mobiliser la science du climat au service des territoires côtiers : interview de Nicolas Occhiminuti (EDHEC 2002) et Minh Trinh (EDHEC 1999), cofondateurs de Waves of Change
Début 2026, à Paris, l’EDHEC Climate Institute a conclu un partenariat avec Waves of Change, une association cofondée par Nicolas Occhiminuti (EDHEC 2002) et Minh Trinh (EDHEC 1999). Retour sur les contours de cette collaboration.
En janvier 2026, l’EDHEC Climate Institute (ECI) - l’entité qui fédère l’ensemble des travaux de recherche liés au climat au sein de l’EDHEC Business School - a noué une collaboration avec Waves of Change, une association d’intérêt général dont la mission est de renforcer la résilience et la durabilité des villes côtières et de leurs écosystèmes. Grâce à cette coopération, les travaux d’ECI - notamment sur les risques climatiques physiques tels que la montée du niveau marin et l’érosion côtière - pourront nourrir les projets de l’association, afin d’accompagner au mieux les territoires vulnérables.
Waves of Change a été cofondée par deux diplômés de l’EDHEC : Nicolas Occhiminuti (EDHEC 2002), aujourd’hui directeur général de l’association, et Minh Trinh (EDHEC 1999), trésorier. Dans cette interview, ils reviennent sur la genèse du projet, le cadre de ce nouveau partenariat et la fierté de contribuer à une initiative portée par leur école.
Qu’est-ce qui vous a motivés à créer Waves of Change ?
Nicolas Occhiminuti : Après dix ans dans la transformation digitale des entreprises, je voulais mettre mes compétences au service du bien commun, et notamment de la transition environnementale. J’ai également un lien personnel avec Biarritz, ville de mes premières baignades. J’avais envie de contribuer à la préservation de ce territoire.
Minh Trinh : En 2018-2019, on parlait encore très peu d’impact en Europe. Nous avons constaté que les scientifiques, investisseurs, entreprises, ONG, entrepreneurs travaillaient en silo, sans réelle interaction. Nous voulions rassembler ces mondes pour accélérer des projets environnementaux concrets. Notre premier projet : créer un forum à taille humaine, propice au slow business, où l’on privilégie des échanges de qualité à la course aux cartes de visite. Avec Nicolas, et grâce à notre expérience entrepreneuriale, nous avons vu qu’il y avait une vraie opportunité… et nous nous sommes lancés en plein COVID !
Nicolas Occhiminuti : Les complémentarités entre les cofondateurs ont également été un véritable moteur pour se lancer. Nous avions des expertises différentes, mais profondément synergiques. Minh apporte une solide maîtrise des questions de financement et de propriété intellectuelle. Patrick est spécialisé dans la transition énergétique, tandis que Danielle – que nous appelons toujours « Madame Océan » – est océanographe de formation et journaliste scientifique. Pour ma part, je contribue avec une expérience en marketing et en innovation.
Quelles réussites vous rendent particulièrement fiers ?
Minh Trinh : Je suis très fier de notre Coastal Impact Facility, un catalyseur de financement, lancé en avril 2025. Son ambition : rendre les projets côtiers plus attractifs, réplicables à grand échelle et dérisqués - qu’ils concernent la gestion de l’eau, les déchets, la transition énergétique, la mobilité durable ou encore la santé publique - afin d’attirer des investisseurs privés comme publics. Nous visons 500 M€ d’investissements mobilisés pour répondre aux défis des villes côtières et de leurs écosystèmes. En moins d’un an, nous avons déjà suscité une mobilisation significative, notamment avec AXA et l’Union européenne. Et bien sûr, il y a notre partenariat avec l’EDHEC Climate Institute, qui concrétise un véritable rêve d’alumni : collaborer avec mon école pour démultiplier l’impact.
Nicolas Occhiminuti : Notre résilience, dont le forum annuel est le symbole ! Lancé fin 2019 avec 50 participants masqués en plein COVID, notre forum est devenu aujourd’hui un événement international majeur. Nous sommes aussi fiers de la fidélité de nos partenaires et mécènes qui nous suivent depuis le début. Enfin, un moment marquant a été notre participation active à la Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC) à Nice, en 2025. Nous y avons organisé quatre événements, dont l’Ocean Impact Forum mené avec EDHEC Alumni et l’EDHEC Business School sur le campus niçois de l’école.
Pourquoi avoir choisi de vous associer avec l’EDHEC Climate Institute ?
Nicolas Occhiminuti : C’est une continuité naturelle. Après notre événement commun lors de l’UNOC, il était logique d’aller plus loin. L’expertise d’ECI est unique : rigoureuse, appliquée, orientée finance et climat.
Minh Trinh : À l’UNOC, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Emmanuel Métais, directeur général de l’EDHEC, qui fut aussi mon ancien professeur de stratégie. Il m’a présenté l’ambition de l’EDHEC Climate Institute, qui s’inscrit dans la continuité de l’EDHEC Risk Institute. Avec l’ECI nous partageons la même volonté : rapprocher chercheurs, scientifiques du climat et praticiens de la finance.
Par ailleurs, nos écosystèmes sont très complémentaires : l’EDHEC est solidement ancrée dans les milieux financiers et institutionnels ; Waves of Change travaille au plus près des territoires. Si nous parvenons à faire dialoguer ces deux univers, nous pourrons amener les professionnels de la finance à rencontrer les acteurs des territoires côtiers et à échanger sur la résilience des infrastructures littorales.
Comment ce partenariat s’organise-t-il ?
Minh Trinh : Il se structure autour d’interventions croisées et du lancement d’une chaire commune dédiée à la résilience côtière. Les travaux menés dans ce cadre seront mis à disposition des professionnels de la finance, tandis que nous favoriserons la mise en relation entre acteurs de terrain, gestionnaires d’infrastructures et investisseurs.
Sur quels travaux de recherche de l’EDHEC Climate Institute souhaitez-vous vous appuyer ?
Minh Trinh : Nous allons d’abord utiliser la base de données ClimaTech nouvellement lancée par l’Institut. Elle permettra aux gestionnaires d’actifs côtiers d’évaluer la vulnérabilité de leurs infrastructures. Notre rôle sera alors d’accompagner ces acteurs dans l’appropriation de cet outil pour éclairer leurs décisions d’investissement. Nous souhaitons aussi faire connaître les recherches de l’EDHEC sur le risque physique auprès des startups que nous accompagnons, pour qu’elles développent des technologies en ligne avec les enjeux d’adaptation.
Nicolas Occhiminuti : Nous allons mobiliser les recherches du centre sur l’un de nos projets phares : Coastguard Cities, un programme d’adaptation des villes côtières et de leurs infrastructures face aux risques climatiques, en particulier les inondations. Par exemple, nous développons actuellement sur un territoire-laboratoire des méthodologies de planification urbaine, dans lesquelles nous intégrerons le référentiel de l’ECI et son expertise.
Nous organiserons également en mars 2026 un atelier commun lors du sommet annuel ChangeNOW sur ce sujet, afin de tester et déployer ces approches sur nos sept verticales : eau, déchets & circularité, recul du trait de côte, mobilités durables, transition énergétique, tourisme & communautés locales, biodiversité & santé publique.
Dans le cadre de la chaire, le partenariat inclut également la création d’un knowledge hub dédié à l’économie bleue et côtière régénérative. Ce réseau de connaissances va bien au‑delà d’une plateforme statique rassemblant données et études de cas : il s’agit avant tout d’un écosystème humain, conçu pour connecter les acteurs, mobiliser les expertises les plus pertinentes et accompagner les propriétaires d’infrastructures et d’actifs dans leurs décisions stratégiques.
En tant que diplômé, que représente pour vous le fait de revenir collaborer avec l’EDHEC ?
Nicolas Occhiminuti : C’est une manière de boucler la boucle. Contribuer au développement de l’école autrement, par l’innovation et la recherche appliquée — une dimension inédite de l’institution, dont je n’avais pas perçu toute l’ampleur lorsque j’étais étudiant — a aujourd’hui beaucoup de sens pour moi. Et le fait que ce partenariat porte sur les territoires côtiers – un héritage transmis aux générations futures – est particulièrement symbolique.
Minh Trinh : C’est une vraie fierté. Je m’imaginais contribuer un jour à l’école en recrutant des stagiaires et finalement, je le fais en soutenant l’un de ses centres de recherche stratégiques, au travers d’une association que j’ai cofondée, sur des sujets qui me tiennent à cœur. C’est une contribution à mon échelle pour les générations futures, mais elle a une grande importance à mes yeux.