La Chine à la conquête du réseau électrique européen

Les investissements chinois en Europe : aubaine économique ou dépendance stratégique ?

Les investissements énergétiques et technologiques chinois : aubaine ou vulnérabilité pour l'Europe ?

 

Si la Chine investit dans le secteur énergétique européen depuis plus d'une décennie, on observe un rebond récent de ces IDE qui se sont déplacés des grands pays industriels (Allemagne, France, Royaume-Uni) vers des États plus périphériques, comme l'Espagne ou la Serbie.

 

Ces IDE sont particulièrement orientés vers les gestionnaires de réseaux de transport d'électricité. En effet, les entreprises publiques chinoises, tout particulièrement la State Grid Corporation of China (SGCC), géant mondial du secteur, ont d'entrer au capital de sept sociétés européennes du secteur, avec quatre opérations réussies (Portugal, Grèce, Italie, Luxembourg). Pour Pékin, l'enjeu était double : acquérir un savoir-faire utile à la modernisation de son propre réseau et promouvoir ses standards technologiques.

 

Carte - Juillet 2026

 

Au-delà des flux de capitaux, l'Europe voit également affluer des technologies chinoises destinées à soutenir sa transition énergétique. En raison des subventions massives accordées par Pékin, les produits technologiques « verts » chinois sont particulièrement compétitifs et ont pris d'assaut le marché européen. À l'échelle de l'Europe, ce sont désormais 70% des cellules photovoltaïques qui sont importées de Chine, 57% des batteries lithium-ion, et 18% des véhicules électriques. Or, certaines de ces technologies intégrées au réseau électrique européen, comme les onduleurs photovoltaïques, embarquent des dispositifs « intelligents » dont les données sont stockées en Chine, posant un enjeu de confidentialité et de souveraineté.

 

Face à cette concurrence industrielle jugée « déloyale » par la Commission européenne, l'Union a établi en octobre 2024 des taxes douanières sur les véhicules électriques importés de Chine. En conséquence, les entreprises chinoises du secteur investissent de plus en plus pour produire directement en Europe. D'abord concentrés dans les pôles traditionnels de l'industrie automobile, ces IDE se sont progressivement déplacés vers les pays du pourtour européen, en particulier l'Espagne et la Hongrie. Nous avons recensé au moins 19 usines de batteries ou de véhicules électriques construites, reconverties ou financées par des capitaux chinois, dont 9 sont en phase de production.

 

L'installation du constructeur Chery sur l'ancien site de Nissan à Barcelone avait été saluée par Pedro Sánchez comme un « symbole du processus de réindustrialisation de la Catalogne et de l'Espagne ». Mais ces investissements renforcent aussi l'emprise chinoise sur les chaînes de valeur des technologies bas-carbone, au risque de priver durablement l'Europe de la maîtrise de sa transition énergétique. Cela n'a pas empêché le chef du gouvernement espagnol d'annoncer, lors de sa visite en Chine en avril 2026, sa volonté de renforcer la relation économique bilatérale afin d'accélérer les investissements dans les technologies bas-carbone.