De chirurgien à entrepreneur en robotique, l’histoire d’Éric

Publié le 13 janvier 2021.


Eric SéjorIl est passé de chirurgien à entrepreneur dans la MedTech (les entreprises Tech dans le secteur de la médecine).

En parallèle de sa formation au sein du Programme Manager Online de lEDHEC, Éric Séjor mène dores et déjà la vie professionnelle quil se figurait comme idéal de carrière depuis ses études de médecine. Un changement qui aura été accéléré notamment par son introspection au sein de la formation. Rencontre.

Éric, vous êtes chirurgien de métier… Comment avez-vous choisi de bifurquer professionnellement ?

Je suis en effet chirurgien digestif de métier. Jai passé plus de 20 ans à ce poste à lhôpital. En tant quagent public, javais une position relativement confortable. Jaurais pu continuer ainsi encore longtemps si je navais pas éprouvé le besoin de me renouveler.

Et alors, quest-ce qui vous a décidé ?

On peut dire que je suis en reconversion professionnelle. Je passe dun métier purement médical à un rôle de conseil scientifique dans une start-up, qui recouvre aussi dautres facettes.

Pour tout vous dire, ce changement de trajectoire vient de loin. Déjà lorsque jétais étudiant en médecine, jai le souvenir davoir dit à mon père, médecin, que je ne ferais pas cela toute ma vie. Il mavait répondu alors : « finis déjà tes études de médecine, et une fois diplômé, tu feras ce que tu voudras ». Jai donc terminé ces longues études et choisi la chirurgie pour spécialité.

Ces quatre dernières années, je me suis investi dans la recherche et jai collaboré avec des laboratoires de Sophia Antipolis. Jai ainsi déposé plusieurs demandes de brevets pour du matériel chirurgical. Parallèlement à cela, javais contacté Muriel Cauvin de lEDHEC, pour lui faire part de mon projet de changement de voie. La reconversion me trottait toujours dans la tête : cest pourquoi je me suis inscrit à la Formation Manager de lEDHEC.

Cest finalement une opportunité professionnelle qui ma décidé. Jai en effet été contacté par lindustrie du matériel médical, ce printemps. Truffle Capital, un fonds d’investissement spécialisé dans les BioMedTechs et les FinTechs me proposait de les rejoindre. Jai saisi la main quon me tendait pour me lancer dans lentrepreneuriat tout en sachant que jallais bénéficier de lenseignement théorique offert par lEDHEC.

Et donc, racontez-nous ce que fait la start-up à laquelle vous apportez votre expertise médicale.

Je travaille désormais pour Truffle Capital  ainsi que pour deux start-ups créées par le fonds. Mais mon activité se concentre principalement sur la création dune start-up dédiée à la robotique chirurgicale.

Les robots chirurgicaux ont offert un plus grand confort, une meilleure vision  et une plus grande précision aux chirurgiens. Malheureusement, ces robots sont dénués dintelligence car ils sont téléopérés. Leurs bras sont en effet asservis car ils répondent aux commandes du chirurgien qui est assis devant une console.

Lambition de la start-up que nous avons créée est dautomatiser certains temps opératoires en introduisant de lIntelligence Artificielle au cur des robots chirurgicaux.

Donc, demain, nous serons tous opérés par des robots ?!

Oui, mais ce nest pas pour tout de suite. LIntelligence Artificielle prendra dabord des décisions dans des situations connues. Ces robots seront très spécialisés sur une ou plusieurs opération(s) et pourront donc évaluer et choisir la solution la plus adaptée dans chaque cas.

Au début, ce sera probablement un outil dassistance. Le chirurgien supervisera la machine à linstar de ce qui se fait dans un cockpit davion. La décision de lancer la procédure reviendra toujours aux chirurgiens. 

Il faudra du temps pour que le robot soit capable de décider lui-même de lattitude à adopter. Je pense que les robots seront autonomes sur des temps chirurgicaux dans 5 à 10 ans. On y travaille !

Et on sait déjà sur quelles opérations ce robot fonctionnera ?

Pas encore. Pour linstant, nous sommes en pleine phase de recueil du besoin auprès de nombreux chirurgiens. Nous menons des entretiens auprès de ces spécialistes pour savoir quel serait le robot idéal.

Une fois cette phase terminée, nous passerons au prototype. Puis, nous testerons cette machine avec les chirurgiens que nous aurons interviewés pour la faire évoluer. Quant aux temps opératoires concernés, je ne peux cependant pas vous en dire plus pour linstant.

Est-ce que cela ne pose pas un problème éthique, de déléguer la vie humaine à une machine ?

Non, car cest déjà le cas dans le transport aérien. Un avion de ligne pourrait décoller, voler et atterrir sans intervention humaine. Or, cest aujourdhui le moyen de transport le plus sûr. On peut donc imaginer que cela soit possible pour la chirurgie et ce dautant plus si lon démontre que les procédures réalisées par la machine diminuent la morbi-mortalité des patients.

On sait quun robot fait gagner en précision et en confort. Par le passé, certaines opérations étaient longues et éprouvantes. Avec les robots téléopérés, ce confort dopération a réduit le temps au bloc et certaines erreurs.

Le but avec lIntelligence Artificielle robotisée est daller encore plus loin dans lexercice peut-être même que le chirurgien sera dans une salle de contrôle et opérera plusieurs personnes en même temps.

Si on arrive à prouver que le robot occasionne beaucoup moins de complications que lHomme, pourquoi ne pas lutiliser ?

Quel est votre rôle dans ce projet dentreprise ?

Je suis Chief Medical Officer. Cest un peu la suite logique de mon métier de chirurgien. Je me sers de mon expérience pour conseiller, mais aussi développer de nouveaux outils. En somme, je suis quelque part le garant de laspect scientifique du projet et je participe activement à la R&D.

Que vous apporte votre formation à lEDHEC dans ce cadre ?

Je travaille en parallèle sur la start-up la journée et sur ma formation les soirs et les week-ends. Mon métier de Chief Medical Officer, cest le côté pratique, alors quà lEDHEC jaccède à la théorie. Les deux se complètent merveilleusement bien. En formation, japprends énormément sur le monde de lentreprise. Il y a un nombre incalculable de modules qui me servent directement en start-up : ma curiosité est insatiable. Je suis la formation à mi-temps en deux ans : je la terminerai fin 2021. Mais je sens déjà une nette montée en compétences et je suis ravi de ce que jai déjà appris.

Au-delà de la théorie, le coaching au sein de ma formation à lEDHEC ma aussi apporté un ancrage dans ma reconversion. Grâce à mon coach Philippe Belarbi, jai pris confiance en mon projet. Vous savez, ça na pas pas été une décision facile de quitter lhôpital. Quand on a étudié pendant plus de 15 ans, quon a exercé un métier technique pendant plus de vingt ans, on hésite à tout envoyer balader. Malgré ma famille qui ma soutenu et mes enfants qui ont eu beaucoup de curiosité et dadmiration pour mon projet, je pense que jen serais encore à la phase du doute sans Philippe. 

Le cadeau que ma justement fait mon coach, cest de maider à visualiser mon avenir. En me faisant me projeter dans ce que jallais devenir, il ma donné le courage et la force de me lancer. Aujourdhui, je suis serein. Je me sens plein dénergie et prêt à prendre des risques. Je nai peur de rien et je nenvisage pas déchouer. Mais si cela devait arriver malgré tout, je nai pas peur. Au contraire, je me sens extrêmement optimiste face à lavenir et incroyablement vivant. 

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