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Legal Design comme game changers : des cas d’usage concret en direction juridique

Retrouvez les insights clés du dernier webinaire Legal Design reprenant le témoignage de Alicia Chahinian, Juriste sénior chez Roche ayant suivi le certificat EDHEC en Legal Design.   

 

Dans un contexte marqué par la complexification croissante des environnements réglementaires, technologiques et organisationnels, les professionnels du droit sont confrontés à un enjeu majeur : rendre le droit non seulement juridiquement fiable, mais également compréhensible, appropriable et réellement exploitable par les métiers. 

C’est précisément ce constat qui a été partagé lors du webinaire consacré au Legal Design, organisé par l’EDHEC Augmented Law Institute et Juridy Legal Design, aux côtés d’Alicia Chahinian, juriste senior chez Roche, de Sihem Ayadi, fondatrice de Juridy Legal Design, et Amandine Badel, Head of Marketing, EDHEC Augmented Law Institute. 

Au fil des échanges, une idée centrale s’est imposée : produire un contenu juridiquement solide ne suffit plus lorsque celui-ci reste difficilement lisible, peu utilisé ou perçu comme un frein opérationnel par les équipes internes. Les directions juridiques sont aujourd’hui attendues sur leur capacité à accompagner les transformations de l’entreprise, fluidifier les interactions avec les métiers et contribuer plus directement à la création de valeur. 

Dans cette perspective, le Legal Design apparaît comme bien plus qu’une démarche de simplification visuelle. Il constitue un véritable outil de transformation de la fonction juridique, fondé sur une approche centrée sur les usages, l’expérience utilisateur et l’appropriation du droit. L’objectif n’est pas de simplifier le droit au détriment de sa rigueur, mais de le rendre plus accessible, plus actionnable et plus opérationnel pour ses destinataires. 

Temps de lecture :
9 Jul 2026
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Legal Design

I. Le Legal Design : dépasser la forme pour transformer l’usage du droit 

1. Une approche centrée sur l’appropriation du droit 

Au cours du webinaire, les intervenants ont tenu à rappeler un point essentiel : le Legal Design ne peut être réduit à une simple démarche esthétique ou à un exercice de mise en forme des documents juridiques. Il constitue avant tout une méthode de résolution de problèmes pensée pour améliorer l’usage du droit au sein des organisations. L’enjeu n’est donc pas de “simplifier” le droit au sens de l’appauvrir ou d’en réduire la rigueur juridique, mais bien de le rendre plus compréhensible, plus accessible et surtout plus actionnable pour ses destinataires. Contrats, procédures, supports de formation, politiques internes ou processus juridiques doivent désormais être conçus à partir des usages réels des utilisateurs internes. Cette approche implique un changement profond de perspective pour les professionnels du droit. Là où la logique traditionnelle consistait principalement à sécuriser juridiquement les contenus produits, le Legal Design introduit une réflexion centrée sur l’expérience utilisateur, l’appropriation des informations et leur capacité à être réellement mobilisées dans les pratiques opérationnelles. Comme l’a souligné Sihem Ayadi durant le webinaire, le Legal design repose d’abord sur une compréhension fine des problématiques rencontrées par les utilisateurs. L’objectif est de construire des outils juridiques adaptés aux besoins concrets des métiers, en intégrant des dimensions de pédagogie, de visualisation et de structuration de l’information. 

2. Une réponse aux nouvelles attentes des métiers 

Cette évolution répond directement aux nouvelles attentes adressées aux directions juridiques. Les entreprises attendent aujourd’hui de leurs juristes qu’ils agissent comme de véritables business partners, capables d’accompagner les équipes opérationnelles dans leurs projets et leurs transformations. Or, de nombreuses frictions persistent encore entre directions juridiques et métiers : complexité des échanges, vocabulaire technique difficilement appropriable, manque de clarté dans les demandes ou dans les recommandations formulées. Ces difficultés peuvent ralentir les projets, créer des incompréhensions et limiter l’impact des directions juridiques dans les organisations. Le retour d’expérience partagé par Alicia Chahinian, juriste senior chez Roche, illustre concrètement cette réalité. Face à des équipes projets ayant des besoins d’innovation et d’efficacité élevés, la direction juridique a engagé un travail de transformation de ses supports et de ses modes de communication. L’objectif : fluidifier les échanges, améliorer la qualité des informations transmises et permettre aux opérationnels de mieux comprendre les attentes juridiques. Cette démarche a notamment conduit à la création de nouveaux outils visuels et structurés, conçus en co-construction avec les équipes métiers. Résultat : des interactions plus efficaces, une meilleure compréhension mutuelle et une réduction significative des incompréhensions entre juristes et opérationnels. 

3. Le Legal Design comme levier de performance juridique

 Au-delà de l’amélioration des supports, le Legal Design apparaît ainsi comme un véritable levier de performance pour les directions juridiques. En rendant les contenus plus clairs et plus accessibles, il favorise une meilleure appropriation des informations juridiques par les utilisateurs internes. Les recommandations deviennent plus lisibles, les formations plus engageantes et les procédures plus facilement applicables dans les pratiques quotidiennes. Cette évolution contribue également à renforcer l’engagement des équipes métiers vis-à-vis des sujets juridiques. Là où certains documents ou formations pouvaient auparavant être perçus comme complexes ou peu opérationnels, les approches issues du Legal Design facilitent l’interaction, la compréhension et l’adhésion. Enfin, cette transformation participe à repositionner la direction juridique comme une fonction stratégique créatrice de valeur. Le juriste n’est plus uniquement perçu comme un expert chargé de sécuriser les risques, mais comme un acteur capable de fluidifier les projets, d’accompagner les transformations et de contribuer directement à la performance globale de l’organisation.

 

 II. Retour d’expérience : comment Roche a intégré le Legal Design dans ses pratiques 

1. Partir des irritants opérationnels 

Alicia Chahinian, juriste senior au sein de la direction juridique de Roche, a partagé un retour d’expérience particulièrement concret sur l’intégration du Legal Design dans les pratiques de l’entreprise. Le point de départ de cette démarche repose sur un constat opérationnel simple : les échanges entre juristes et chefs de projet étaient souvent complexes, peu fluides et générateurs de pertes d’informations essentielles. « Les chefs de projet et les juristes ne parlent pas tout à fait le même langage. » comme l’explique Alicia Chahinian. Les demandes adressées à la direction juridique étaient fréquemment incomplètes ou formulées de manière peu exploitable, obligeant les juristes à multiplier les échanges pour obtenir les informations nécessaires à leur analyse. L’objectif était alors clair : construire des supports plus adaptés aux pratiques des équipes métiers tout en répondant également aux besoins de la direction juridique en matière de clarté et d’efficacité.

 2. Construire des outils plus clairs et plus efficaces 

La réponse apportée par Roche a notamment pris la forme d’une “fiche projet” conçue selon les principes du Legal Design. Ce nouveau support avait pour vocation de structurer les échanges entre équipes projets et direction juridique à travers un document plus visuel, plus synthétique et plus facilement appropriable par les utilisateurs internes. Alicia Chahinian souligne ainsi :« Ce n’est pas uniquement un document Word avec une liste de questions. C’est un document beaucoup plus imaginé, beaucoup plus clair. » Cette fiche projet permet notamment de centraliser les informations essentielles relatives aux projets, tout en guidant les opérationnels dans la formulation de leurs besoins. Le travail mené a également porté sur le langage utilisé, la structuration de l’information et la visualisation des contenus. L’enjeu n’était pas seulement esthétique, mais bien fonctionnel : rendre les informations juridiques plus lisibles et plus facilement mobilisables dans les pratiques opérationnelles. Cette réflexion a également conduit les juristes à repenser leur propre manière de communiquer. « Le Legal Design, c’est aussi une nouvelle méthode de travail et une nouvelle façon de penser pour un juriste. » 

3. Les impacts observés 

Les bénéfices observés par les équipes de Roche ont été multiples. Tout d’abord, la qualité des informations transmises à la direction juridique s’est nettement améliorée. Grâce aux nouveaux supports, les demandes étaient plus structurées, plus complètes et plus facilement exploitables, permettant ainsi aux juristes de gagner en efficacité dans leurs analyses. Alicia Chahinian explique notamment : « En utilisant ce document, on évite énormément d’allers-retours dans nos analyses. » Le Legal Design a également permis d’améliorer les interactions entre la direction juridique et les métiers. Les recommandations formulées par les juristes sont devenues plus compréhensibles et davantage alignées avec les besoins opérationnels des équipes internes. « Les recommandations sont beaucoup plus claires, et ce n’est pas nous qui le disons, ce sont les retours de nos clients internes. » Au-delà des outils eux-mêmes, cette démarche a progressivement transformé la posture des juristes au sein de l’organisation. Les équipes juridiques se sont davantage recentrées sur les usages, l’expérience utilisateur et l’accompagnement des métiers. Le Legal Design apparaît ainsi non seulement comme un levier d’amélioration de la communication juridique, mais également comme un véritable outil de transformation de la fonction juridique et de son positionnement dans l’entreprise. 

 

III. Les limites et conditions de réussite d’une démarche Legal Design 

1. Le changement culturel comme enjeu central 

La première difficulté identifiée concerne naturellement l’appréhension au changement. Modifier les formats de communication, repenser les outils juridiques ou transformer les habitudes de travail implique une évolution culturelle qui peut générer des réticences, aussi bien du côté des juristes que des équipes opérationnelles. Alicia Chahinian souligne ainsi que toutes les équipes ne sont pas immédiatement prêtes à adopter de nouveaux formats ou de nouvelles méthodes de travail : « Toutes les équipes internes ne sont pas forcément prêtes au changement. » Certaines personnes peuvent rester attachées à des supports plus traditionnels ou à des habitudes de fonctionnement historiques, même lorsque les nouveaux outils répondent davantage aux usages métiers. Cette réalité rend indispensable un travail d’acculturation et de sensibilisation autour de la démarche Legal Design. En effet, l’adoption passe autant par la pédagogie que par la qualité des outils eux-mêmes. Chez Roche, les équipes juridiques ont ainsi multiplié les échanges internes afin d’expliquer la démarche, présenter les nouveaux supports et embarquer progressivement les collaborateurs dans cette transformation. La réussite d’un projet Legal Design repose donc sur une logique progressive et itérative. Il ne s’agit pas d’imposer brutalement une nouvelle manière de travailler, mais de construire progressivement une dynamique de transformation adaptée à la maturité des équipes. Comme l’a rappelé Sihem Ayadi durant le webinaire, les outils, les documents et les processus doivent continuellement évoluer avec les usages et les besoins des organisations. 

2. La co-construction comme facteur clé d’adoption

 Un outil Legal Design ne peut fonctionner durablement s’il est conçu de manière totalement descendante par la direction juridique seule. L’adoption dépend directement de la capacité à intégrer les besoins, contraintes et préférences des équipes métiers dès la phase de conception. Alicia Chahinian explique ainsi : « On ne peut pas se passer de nos équipes internes pour construire ce type de document. » Cette logique implique d’accepter les retours utilisateurs, de tester les supports, d’itérer et parfois même de revoir certains choix initiaux lorsque les usages ne correspondent pas aux attentes. Chez Roche, certains outils proposés n’ont d’ailleurs pas été immédiatement adoptés par les équipes, ce qui a conduit à engager de nouveaux ateliers de travail afin d’adapter les supports aux besoins réels des utilisateurs. « Vous ne voulez pas aujourd’hui, vous considérez que ce n’est pas adapté ? Ce n’est pas grave, on va travailler ensemble pour que ces documents soient les plus adaptés pour vous. » Cette démarche collaborative constitue un facteur clé de réussite. Elle permet non seulement d’améliorer la qualité des outils produits, mais également de favoriser l’adhésion des équipes et leur implication dans le changement.

 3. L’importance des “éclaireurs” dans les organisations

 Cette transformation ne provient pas nécessairement de la hiérarchie ou du management. Elle peut émerger de collaborateurs convaincus par l’approche et capables de diffuser progressivement les méthodes au sein de leur environnement professionnel. Comme cela a été rappelé durant les échanges, la diffusion du Legal Design fonctionne souvent par petits pas, à travers des projets pilotes, des exemples concrets et des expérimentations opérationnelles. Les cas d’usage jouent ici un rôle central. Lorsqu’un document, une procédure ou un support retravaillé en Legal design produit des résultats visibles, meilleure compréhension, réduction des échanges inutiles, adoption plus rapide par les métiers, il devient plus facile d’embarquer progressivement d’autres équipes dans la démarche. 

 

IV. Former les professionnels du droit au Legal Design : une compétence devenue stratégique 

1. Pourquoi le Legal Design nécessite une véritable méthodologie 

Sihem Ayadi et Amandine Badel ont rappelé que le Legal Design ne relève pas uniquement de la créativité ou de la mise en forme visuelle. Il s’agit d’une véritable méthodologie mobilisant plusieurs compétences complémentaires : compréhension des besoins utilisateurs, structuration de l’information, pédagogie, visualisation et conduite du changement. L’objectif est de permettre aux professionnels du droit de concevoir des contenus et des outils réellement adaptés aux usages des métiers, tout en conservant la rigueur juridique nécessaire. 

2. Le parcours de formation proposé par l’EDHEC Augmented Law Institute et Juridy 

Afin d’accompagner cette transformation des pratiques, l’EDHEC Augmented Law Institute et Juridy by Legal Design ont développé un parcours de formation structuré en deux niveaux permettant l’obtention d’un certificat EDHEC Business School. Le premier niveau, accessible en e-learning, permet d’acquérir les fondamentaux méthodologiques du Legal Design et de s’approprier les principaux concepts de manière autonome. Le second niveau, est centré sur la mise en pratique opérationnelle. Il comprend un atelier préparatoire, un séminaire présentiel, un accompagnement personnalisé autour d’un projet réel ainsi qu’une soutenance devant jury. 

3. Une approche orientée terrain et transformation concrète 

La spécificité de cette formation réside dans son approche très opérationnelle. Les participants travaillent directement sur des cas réels issus de leur organisation ou de leur pratique professionnelle. L’accompagnement individualisé permet ainsi de produire des livrables immédiatement activables au sein des directions juridiques, cabinets ou organisations concernées. L’objectif n’est pas uniquement de transmettre des connaissances théoriques, mais de permettre une transformation concrète des pratiques juridiques.

 

 Conclusion 

À travers le retour d’expérience partagés par Alicia Chahinian, le Legal Design apparaît comme bien plus qu’une évolution des formats juridiques. Il s’impose progressivement comme une transformation profonde de la pratique du droit, fondée sur une meilleure compréhension des usages, une communication plus claire et une relation renouvelée entre juristes et métiers. L’exemple de Roche illustre concrètement la manière dont cette approche peut améliorer les interactions internes, fluidifier les projets et repositionner la direction juridique comme un véritable partenaire stratégique de l’entreprise. Plus largement, le Legal Design invite les professionnels du droit à repenser leur posture : non plus uniquement produire des contenus juridiquement sécurisés, mais concevoir des outils réellement compréhensibles, appropriables et actionnables. Cette transformation ne repose cependant pas uniquement sur de nouveaux supports ou de nouvelles méthodes de communication. Elle implique également une évolution culturelle, une logique de co-construction avec les utilisateurs et une capacité à accompagner le changement dans la durée. C’est pourquoi la montée en compétences des professionnels du droit sur ces enjeux devient stratégique. En proposant une approche méthodologique et opérationnelle du Legal Design, cette formation développée par l’EDHEC Augmented Law Institute participe ainsi à accompagner l’émergence de nouvelles pratiques juridiques davantage centrées sur les usages, la pédagogie et la création de valeur.

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