Regards croisés sur les jeunes et l’entreprise : 3e édition des EDHEC Vox Dialogues

Le lundi 6 juillet 2026, sur son campus parisien, l’EDHEC Business School a organisé la troisième édition des EDHEC Vox Dialogues. Cet événement a été pensé comme un espace de réflexion et d’échange autour de sujets clés de l’école, et plus largement de la société. La thématique de 2026 : les jeunes, moteurs de la réinvention de l’entreprise ? Pour y répondre, l’EDHEC a convié des professeurs de l’école, des représentants du monde des organisations et la philosophe Cynthia Fleury.

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13 Jul 2026
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Introduite par Emmanuel Métais, directeur général de l’EDHEC, la troisième édition des EDHEC Vox Dialogues portait sur la thématique : « Les jeunes, moteurs de la réinvention de l’entreprise ? ». L’événement s’est articulé autour de tables rondes et d’entretiens individuels, conduits par François Miquet-Marty, président du Groupe Les Temps Nouveaux.


Manuelle Malot, directrice du NewGen Talent Centre de l’EDHEC, a esquissé dans un discours d’ouverture les premiers éléments de réponse. Elle a d’abord précisé que les jeunes générations ne ressentent pas de désenchantement vis-à-vis du monde du travail, bien au contraire : 91 % d’entre eux ont une vision positive de l’entreprise et 93 % la voient comme une source d’épanouissement. Néanmoins, ils sont nombreux à trouver son fonctionnement stressant (76 %) et compliqué (70 %). Lors de sa prise de parole, la directrice du NewGen Talent Centre a mis également en avant un changement de paradigme : les jeunes font désormais porter aux entreprises la responsabilité de répondre aux enjeux contemporains (crise climatique, défis sociétaux et inégalités sociales), plutôt qu'au monde politique, à l’inverse des générations précédentes. Autre changement majeur, l’arrivée de l’IA, une technologie qui n’a de cesse de rebattre les cartes du marché de l’emploi. Un axe qu’a exploré la première table ronde de la soirée. 


IA et stratégies d’adaptation : les nouveaux défis du collectif


La première conversation a eu pour sujet : « Développement de l’IA : quelles transformations du travail et quels nouveaux modes d’insertion professionnelle ? ». Elle a réuni Christophe Roquilly, professeur à l’EDHEC Business School, doyen honoraire et directeur de l’EDHEC Augmented Law Institute, Fabienne Arata, directrice générale de LinkedIn France, et Philippine Lamoureux (EDHEC 2021), conseillère haute performance et responsable du pôle data et analyse à l’Agence nationale du Sport. Posant le cadre de la discussion, Christophe Roquilly a souligné que l’IA générative pourrait devenir un levier de productivité et de croissance économique grâce à l’automatisation de nombreuses tâches chronophages. Cependant, ses effets demeurent encore difficilement perceptibles dans les statistiques actuelles : cela s’explique notamment par les limites des indicateurs comme le PIB (peu adaptés à la mesure des gains de productivité induits par l’IA), mais aussi par le rôle encore mesuré que jouent les institutions publiques dans l’adoption et le déploiement de ces technologies.


Fabienne Arata, pour sa part, a précisé que deux tiers des compétences opérationnelles seront transformées par l’IA d’ici cinq ans, d’où le fait que les entreprises cherchent des profils avec de fortes compétences interpersonnelles (communication, gestion des conflits, collaboration). Enfin, Philippine Lamoureux a raconté son rôle de conseillère au pôle haute performance de l’Agence nationale du Sport lors des Jeux de Paris 2024 et la manière dont l’IA et la data ont permis d’accompagner l’augmentation du nombre de médailles des athlètes français.


Pour prendre du recul face aux transformations profondes que nous traversons, Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, est intervenue pour partager quelques enseignements. Elle a alerté sur la banalisation des « modes dégradés » (continuer à fonctionner, mais avec des capacités réduites ou des conditions moins optimales qu'en temps normal) des institutions, comme des populations, face à des crises permanentes, qu’elles soient sanitaires, politiques, climatiques et sociales. Cette situation nourrit un phénomène d’épuisement généralisé et altère progressivement nos régimes attentionnels. 


La philosophe a ensuite évoqué l’importance d’une meilleure prise en compte de la vulnérabilité de chacun. Selon elle, cette dimension est inhérente à l’être humain, que ce soit d’un point de vue ontologique – la maladie ou la mort, par exemple, nous rappelle notre condition d’être mortel – mais aussi sociétal : la société reconnaît spontanément la vulnérabilité d’un nourrisson, mais éprouve davantage de difficultés à appréhender celle d’une personne sans domicile fixe. Pour conclure son intervention, elle a montré comment le courage, mais aussi le soin, peuvent constituer de puissants leviers de régulation collective, capables de faire émerger des stratégies efficaces pour affronter les défis de notre époque.  


Repenser les modes relationnels dans le monde professionnel


Les mutations du monde du travail, fil rouge de l’événement, ont de nouveau été abordées lors de la seconde table ronde, « Nouveaux modes de management : quelles attentes des jeunes ? ». Julia Milner, professeure à l’EDHEC Business School, Geneviève Houriet-Segard, directrice adjointe de l’EDHEC NewGen Talent Centre, et Fabienne Arata, directrice générale de LinkedIn France, y ont partagé leurs analyses sur l’évolution des attentes des nouvelles générations vis-à-vis du management et de l’entreprise.


Julia Milner a souligné que les modèles de leadership traditionnels ne répondent plus aux attentes des collaborateurs, en particulier les plus jeunes, et que le micro-management constitue aujourd’hui un frein à leur engagement. Selon elle, le rôle du manager doit évoluer vers davantage de confiance et d’autonomie accordées aux équipes. Comme elle l’a résumé : « Le leadership de demain, c’est l’empowerment de l’autre. » Geneviève Houriet-Segard a prolongé cette réflexion en critiquant les modèles de management trop verticaux et en appelant à davantage d’autonomie. À ses yeux, les collaborateurs ont des attentes claires : « ne me managez pas, développez-moi ». Une évolution qui redéfinit le rôle du manager, lequel doit, selon sa formule, « veiller plutôt que surveiller ». 


Fabienne Arata a pour sa part mis en lumière l’attente grandissante des collaborateurs pour un environnement professionnel de confiance, où chacun peut s’exprimer librement sans avoir à dissimuler une partie de lui-même. À l’heure où les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle sont de plus en plus poreuses, les salariés attendent davantage d’authenticité, y compris de la part de leurs managers. 


En conclusion, Geneviève Houriet-Segard a insisté sur l’importance de la qualité de la relation professionnelle, soulignant que le rôle du manager consiste avant tout à « entretenir et à prendre soin de ce lien de confiance avec ses collaborateurs ».


L’événement s’est achevé par la signature d’un partenariat global entre Business France et l’EDHEC. Cette nouvelle étape prolonge dix années de collaboration fructueuse autour du dispositif de Volontariat International en Entreprise (VIE) et témoigne de la volonté commune des deux partenaires de renforcer leurs actions en faveur de l’internationalisation des parcours et du développement des jeunes diplômés.
 

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