La Russie à la conquête des ressources africaines

Sanctions, réseaux opaques et ambitions minières : le modèle russe en Afrique à l'épreuve de la guerre en Ukraine

La Russie est-elle en train de perdre son emprise sur les ressources naturelles africaines ?

 

Cette carte revient sur les mutations du modèle russe d'exploitation des ressources en Afrique subsaharienne. Depuis les années 2000, l'intérêt de la Russie pour les ressources naturelles africaines répond à un double impératif : sécuriser l'accès à des matières premières essentielles pour son industrie et restaurer son statut de grande puissance. Elle pouvait compter dans cette entreprise sur la réactivation des liens historiques avec les anciens partenaires de l'URSS.

 

Un extractivisme minier et énergétique à deux visages

 

Carte Russafrique

 

 

Avec le soutien de banques russes et d'une diplomatie transactionnelle tournée vers l'acquisition de ressources, les compagnies russes ont progressivement garni leur portefeuille minier et énergétique en Afrique subsaharienne. En retour, ces entreprises, qu'elles soient liées à l'État ou contrôlées par des oligarques proches du pouvoir, sont devenues des vecteurs d'influence auprès des élites africaines.
Cette imbrication entre extraction des ressources et ambition géopolitique se retrouve dans la stratégie d'influence déployée par Moscou à la fin des années 2010. Celle-ci reposait sur une nébuleuse opaque d'intermédiaires, l'ex-réseau Wagner, offrant des services d'assistance sécuritaire et politique à des régimes fragilisés en échange de la captation de rentes minières. Ce modèle privilégiant le pillage au détriment de la structuration de véritables filières ne s'est pleinement développé qu'en RCA, avec des bénéfices économiques limités pour Moscou.

 

Un équilibre modifié par l'invasion de l'Ukraine en 2022

 

Les sanctions occidentales ont fragilisé les grandes entreprises russes, devenues infréquentables pour nombre de partenaires internationaux, contraignant certaines à céder leurs actifs africains. Celles qui sont restées ont dû restructurer leurs opérations pour en limiter les effets. Ainsi, l'or extrait du sous-sol africain, essentiel à l'économie de guerre du Kremlin, transite désormais par un réseau opaque de sociétés-écrans, souvent basées aux Émirats arabes unis, avant d'être écoulé sur les marchés internationaux.

 

Malgré les annonces de nouveaux projets et partenariats économiques, le Kremlin peine à dissimuler sa faible marge de manœuvre. Moscou travaille surtout avec les États les plus isolés du continent, comme le Soudan du Sud, où l'offre russe reste attractive faute d'alternative.

 

En parallèle, la Russie semble œuvrer à l'industrialisation des actifs hérités de l'ex-réseau Wagner, un objectif difficilement atteignable sans chaînes logistiques robustes pour désenclaver ces ressources. Les nouveaux accords de pêche et portuaires signés en Afrique de l'Ouest pourraient constituer un pas dans cette direction. Cela étant, les récents revers sécuritaires de la junte malienne et de ses alliés russes fragilisent déjà le projet le plus avancé à ce jour : une raffinerie d'or dans la banlieue de Bamako.