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Quand les risques climatiques redéfinissent la philanthropie : qui y gagne, qui y perd, et pourquoi cela importe

Gregory Saxton , York University
Tahmina Ahmed , Niagara University
Mohammad Maruf Hasan , York University

Dans cet article, Xing Huan, Professeur associé à l'EDHEC, présente ses derniers travaux de recherche, publiés dans le Journal of Business Ethics sous le titre « Climate risk and donations to nonprofit organizations » (1).

Temps de lecture :
30 Mar 2026
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Les risques climatiques stimulent les dons, mais en faussent également la répartition. À mesure que les catastrophes liées au climat gagnent en fréquence et en visibilité, les donateurs font preuve d’une générosité accrue. Mais cette nouvelle séquence de dons est loin d’être neutre : elle canalise systématiquement les ressources vers certaines causes tout en laissant d’autres de plus en plus sous-financées, redessinant ainsi le paysage philanthropique d’une manière qui soulève des questions tant économiques qu’éthiques.

 

Risques liés au climat : une nette augmentation des dons, mais une répartition inégale

Une étude récente (1) publiée dans le Journal of Business Ethics par Xing Huan, Professeur associé à l'EDHEC, et ses coauteurs - Tahmina Ahmed (Université de Niagara Falls), Mohammad Maruf Hasan et Gregory D. Saxton (Schulich School of Business) - met en lumière cette dimension méconnue, mais cruciale, du risque climatique en analysant plus de 1,2 million de déclarations fiscales déposées auprès de l'IRS par des organisations à but non lucratif américaines entre 2010 et 2021.

Les résultats montrent que l'exposition croissante aux inondations, aux incendies de forêt, aux ouragans et à d'autres risques liés au climat (2) est associée à une augmentation statistiquement significative des dons caritatifs. En d'autres termes, le risque climatique agit comme un puissant déclencheur de comportement prosocial, activant la préoccupation morale et la traduisant en soutien financier.

En établissant un lien entre les pertes climatiques au niveau des comtés et les revenus des organisations à but non lucratif, l'étude considère la philanthropie comme un marché des capitaux façonné non pas par les rendements, mais par la pertinence, l'urgence morale et la perception des besoins. Lorsque le risque climatique augmente, les donateurs ne se contentent pas de donner davantage ; ils donnent différemment. Les résultats indiquent que le risque climatique agit comme un choc systémique sur le marché des dons caritatifs, modifiant à la fois le volume et l'allocation des ressources philanthropiques.

 

Priorité accordée aux solutions urgentes et locales

L'effet de redistribution est particulièrement marqué au niveau sectoriel. Les hôpitaux et les organismes de services sociaux enregistrent la plus forte augmentation des dons à mesure que les risques climatiques s'intensifient. Ces organisations sont étroitement associées aux interventions d'urgence et au soutien immédiat des communautés, ce qui les rend particulièrement importantes aux yeux des donateurs lors de crises liées au climat. À l'inverse, les organisations à but non lucratif internationales et les associations enregistrent une baisse des dons pendant les périodes à haut risque.

Cette tendance suggère que l'augmentation des risques climatiques rétrécit l'horizon moral des donateurs, qui privilégient les besoins immédiats et visibles au détriment des causes à long terme, mondiales ou moins tangibles. Bien que compréhensible, ce changement soulève des questions éthiques concernant la justice distributive et la pérennité du financement des missions qui s'attaquent à des risques évoluant plus lentement ou géographiquement éloignés.

 

Pourquoi cette question dépasse-t-elle le cadre du secteur associatif ?

Le risque climatique ne se contente pas de mobiliser la générosité. Il remodèle activement la manière dont les fonds philanthropiques sont alloués. À l’instar des marchés financiers en période de crise, l’intensification du risque climatique réoriente les ressources vers des causes jugées urgentes et visibles, souvent au détriment des missions à long terme ou à vocation mondiale.

Il n’en résulte pas simplement une augmentation des dons, mais un changement structurel dans la répartition de la générosité, avec des implications pour les décideurs politiques, les dirigeants d’organisations à but non lucratif et les donateurs qui évoluent dans un monde de plus en plus exposé aux aléas climatiques.

 

 

Références

(1) Ahmed, T., Hasan, M.M., Huan, X. et al. Climate Risk and Donations to Nonprofit Organizations. J Bus Ethics (2025) - https://doi.org/10.1007/s10551-025-06158-8

(2) Climate-related Physical Risks - https://resourcewatch.org/dashboards/climate-related-physical-risks

(3) What Is Philanthropy? 6 https://philanthropy.org/what-is-philanthropy/

 

 

Photo de Jonathan Fordsur Unsplash