Avoir un diplôme pour faire une bonne carrière ou un bon mariage ?

Pierre Courtioux, Vincent Lignon : On appelle homogamie éducative la tendance qu’ont les individus à se mettre en couple avec des conjoints aux caractéristiques éducatives proches. Dans cet article, nous en proposons une analyse à un niveau fin de diplôme en insistant sur les enjeux de diffusion des dépenses d’investissement d’enseignement supérieur et ses conséquences économiques.

Auteur(s) :

Pierre Courtioux

Directeur adjoint, pôle de recherche en Economie, EDHEC Business SchoolChercheur associé, centre d’économie, Université Paris-Sorbonne

Vincent Lignon

Chercheur associé, pôle de recherche en Economie, EDHEC Business School

Présentation :

Ces dépenses d’investissement sont différenciées ici dans deux de leurs principales dimensions : 1) les investissements publics qui se mesurent par la dépense moyenne qu’il a fallu mobiliser pour former un individu avec un diplôme donné, 2) les investissements privés que l’on peut mesurer par le nombre d’années que l’individu a dû passer à poursuivre ses études pour obtenir son diplôme ; le coût d’opportunité de ces années d’études, c'est-à-dire le renoncement à des revenus tirés du marché du travail durant la période de formation, permet de donner une valeur économique à ces dépenses privées d’investissement. Nos résultats montrent que l’homogamie est présente à tous les niveaux de diplômes, mais pas dans les mêmes proportions. Le degré d’homogamie relative est croissant avec le niveau d’éducation obtenu. Elle est très forte pour les titulaires d’un doctorat et pour les diplômés d’écoles de commerce. Pour ces catégories, la probabilité que le conjoint ait le même diplôme est au moins 25 fois plus élevée que s’il avait été tiré au hasard au sein de la cohorte de naissance. Par définition, les dépenses publiques d’enseignement supérieur ne touchent que les individus qui poursuivent des études. Au sein de la population des diplômés du supérieur, ces dépenses sont très polarisées sur les individus qui sortent du système éducatif avec un diplôme de niveau Bac+5 et plus : si le coût moyen d’un cursus étudiant est estimé à 23 662 €, le coût moyen d’un doctorat ou d’un diplôme d’ingénieur est plus de 3,5 fois supérieur. Néanmoins, on peut penser que les comportements de mise en couple conduisent à diffuser les dépenses publiques d’enseignement du supérieur et leurs effets bénéfiques au sein des ménages. Par exemple, un certain nombre de diplômés du supérieur ont des conjoints qui ne sont pas diplômés du supérieur : d’un point de vue économique, ces conjoints bénéficient donc de ces investissements de manière indirecte, ce qui constitue un canal de diffusion des « externalités positives » des dépenses d’éducation tertiaire. Les comportements d’union homogames limitent cette diffusion. En effet, par rapport à une situation sans homogamie où les comportements de mise en couple seraient totalement indépendants du diplôme des conjoints, le niveau de dépenses indirectes en faveur des non diplômés du supérieur est réduit de 57% ; tandis que la proportion de non diplômés du supérieur totalement exclus de ces bénéfices indirects passe de 67 à 82%. Si on se place à l’inverse du point de vue des diplômés du supérieur, la réduction moyenne des dépenses par tête liée à la mise en couple avec des non diplômés correspond à 14% de la dépense individuelle moyenne ; cependant, cette baisse aurait été plus de deux fois plus élevée en l’absence de comportements homogames. D’un point de vue financier, sur la base du calcul des rendements internes, nos résultats montrent également que, l’obtention d’un diplôme du supérieur permet aux individus de réduire les risques de faire une « mauvaise carrière ». L’effet propre de l’homogamie éducative sur le fait d’être « bien marié », c’est-à-dire de se mettre en couple avec quelqu'un susceptible de faire une meilleure carrière, est largement dominé par les effets différenciés des carrières selon le sexe : les femmes font en moyenne de moins bonnes carrières que les hommes et sont donc plus à même de faire un « bon mariage » quel que soit leur niveau de diplôme et quelle que soit l’intensité des comportements d’homogamie éducative. Enfin, nos résultats montrent que l’hétérogénéité entre carrières des diplômés et carrières des non diplômés est beaucoup plus forte pour les femmes que pour les hommes.
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Avoir un diplôme pour faire une bonne carrière ou un bon mariage ?...
(-1.00 B)
Type : Position paper
Date : le 06/05/2014
Complément d'informations Ce document constitue une synthèse de travaux scientifiques conduits au sein de l'EDHEC. Pour plus d'informations, nous vous prions de vous adresser à la direction de la recherche de l'EDHEC : research@drd.edhec.edu
Pôle de recherche Economie

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