4 étudiants et un Dean : Quel avenir pour les Business Schools ?

Publié le 09 juin 2021.


Quatre étudiants EDHEC ont échangé avec Dean Emmanuel Métais sur l'avenir des Business Schools, pour le magazine EDHEC Vox n°11.

Une conversation avec Emmanuel Métais, Directeur Général de l'EDHEC Busines School et les étudiants:

Vous aviez présenté dans notre dernier numéro le nouveau plan stratégique de l’EDHEC. Pourriez-vous nous en rappeler les grandes lignes ?

_Emmanuel Métais : ces vingt dernières années d’« EDHEC for Business » ont été couronnées de nombreux succès, particulièrement dans le domaine de la recherche. Mais dans le monde d’aujourd’hui, et celui que cette génération d’étudiants construit, le business seul ne peut plus être la finalité. Il nous fallait définir une mission plus grande pour l’EDHEC, pour être davantage en prise avec les grands enjeux de notre époque. Nous voulions réconcilier business et enjeux sociétaux. C’est pourquoi nous avons amorcé la transition d’EDHEC for Business vers EDHEC for Future Generations. Notre ambition a toujours été d’avoir un impact, c’est notre devise. Le temps est venu d’avoir un impact plus grand, plus large et plus durable. Nous avons identifié trois priorités pour construire un modèle durable et compétitif : la Recherche, orientée tout particulièrement vers la finance durable, les Programmes et l’Éducation, pour ouvrir nos cursus à de nouveaux horizons, et le Modèle de Transmission du Savoir, pour saisir toutes les opportunités des transformations technologiques dans le domaine de l’apprentissage et construire une plateforme plus solide.

Dans le contexte de cette nouvelle mission que se donne l’EDHEC, quel rôle doivent jouer les Business Schools ? Nos étudiants sont-ils en phase avec ces ambitions ?

_E.M : Si je peux commencer, je dirais que les Business Schools vont devoir faire du business un outil puissant au service des générations futures.

_Siddhant Chaudhary : Je suis d’accord avec cette analyse. Les Business Schools doivent évoluer parce qu’à l’avenir nos carrières ne ressembleront en rien à ce qu’elles sont aujourd’hui. Elles seront plus souples et moins limitées à une industrie ou à un secteur d’activité. Il nous faut des connaissances et des expériences transposables aux nombreux secteurs que nous explorerons. C’est particulièrement vrai dans les domaines technologiques ou de la data, qui est appelée à devenir la ressource numéro 1 dans les années à venir.

_Noa Aknin : On est un peu comme une feuille blanche quand on arrive en Business School, peu importe ce que l’on a fait avant. Notre connaissance et nos expériences se limitent à celles acquises au cours de notre vie académique. Le vrai pouvoir des Business Schools c’est de révéler des ambitions en nous exposant à une pluralité d’expériences, d’opportunités, de cours, de gens, etc. En l’espace de trois ou quatre années on grandit, on mûrit en se confrontant à de nombreuses possibilités. Le but devrait être que chaque étudiant qui sort d’une Business School ait pu se tracer un plan clair pour les deux ou trois années à venir.

_Sarmad Fateh : Pour compléter je dirais que le rôle d’une Business School devrait être de sensibiliser un grand nombre d’étudiants, venant de milieux très différents, aux grands enjeux de notre temps comme la durabilité, le changement climatique ou les disparités salariales. Il nous faut être mieux formés à ces questions, et nous donner les clés pour enterrer le modèle de l’actionnaire tout-puissant et construire des systèmes délivrant de la valeur à toutes les communautés et parties prenantes. L’évolution de l’EDHEC est en phase avec les transformations qu’opèrent de nombreuses entreprises partout dans le monde pour réévaluer leurs priorités et leurs investissements afin d’avoir un impact positif. Les erreurs du passé peuvent être corrigées si nous nous engageons tous dans la même direction.

_Louise Chantrel : Les Business Schools nous permettent de nous construire nous-même tout en œuvrant à la construction d’un avenir meilleur. Elles nous aident à réaliser non seulement ce que nous voulons devenir mais aussi le monde dans lequel nous voulons vivre. C’est là toute leur valeur.

Comment mobiliser l’enseignement que vous recevez à l’EDHEC pour être des acteurs du changement ?

_N.A. : Être dans une Business School, et l’une des mieux classées qui plus est, nous permet d’avoir une voix, et de rencontrer des personnes qui partagent les mêmes ambitions pour collaborer et faire grandir nos idées. Faire entendre notre voix, c’est ça notre impact.

_S.C. : On peut contribuer au changement en étant à l’écoute et en prenant une part active. Être à l’écoute ça veut dire s’exposer volontairement et en permanence aux complexités du monde. Prendre une part active c’est choisir de faire de nos futurs postes de vrais éléments de transformations positives. Il arrivera un moment où nous devrons avoir la volonté de sacrifier l’idée de profit pour faire du changement une réalité.

_L.C. : Les Business Schools sont le lieu où les idées prennent corps. Je sais que si je veux vraiment changer quelque chose, ici j’en aurai les moyens.

_E.M. : J’aime l’idée de Noa de faire entendre sa voix. Les Business Schools doivent vous donner un maximum d’opportunités de vous exprimer, tous autant que vous êtes. Mais j’espère que vous aurez aussi la conviction que l’on vous donne un maximum d’opportunités d’agir. L’entreprenariat est clé, regardez nos anciens ! Certains ont choisi d’agir, avec courage et ambition. Comme l’a dit Noa, les Business Schools sont des révélateurs.

En parlant de révéler des talents justement, de quel genre de leaders pensez-vous que le monde ait besoin ? Quelles qualités doivent-ils avoir ?

_N.A. : Il nous faut des gens qui veulent réinventer les choses, qui voient quelque chose qui ne fonctionne pas et qui travaillent à l’améliorer. Des gens curieux, ouverts, qui ont évolué dans des milieux, des secteurs et des pays différents. C’est le meilleur moyen de développer l’empathie nécessaire.

_S.F. : Les leaders de demain doivent être centrés sur l’humain, et plus responsables. Le pouvoir ne doit pas aller sans la responsabilité. Il nous faut des gens qui comprennent que la maximisation des profits n’est pas la seule manière de faire, des gens qui priorisent la transformation plutôt que la transaction. Un leader n’a pas besoin de tout savoir, mais il doit être adaptable, donner un cap et avoir une vue d’ensemble. Et il doit être prêt pour le changement, parce que le changement est la seule constante.

_S.C. : L’adaptabilité sera essentielle. Confrontées à beaucoup de challenges, et ce malgré un recours à la data de plus en plus étendu pour faciliter les décisions, beaucoup trop d’entreprises trainent encore les pieds face à la nécessité de s’adapter au changement. Le monde avance vite. Il nous faut des leaders capables de faire avancer leurs entreprises et d’engager les transformations nécessaires dans un environnement en constante évolution.

_L.C. : Il leur faut bien sûr savoir où ils vont, mais aussi reconnaitre les erreurs passées pour être capable d’en tirer les bonnes leçons et de ne pas les laisser se reproduire. Voir les choses avec un regard neuf, avec curiosité et ouverture d’esprit, c’est la meilleure façon de construire un monde meilleur.

_E.M. : C’est incroyable quand on y pense parce que l’intention première de nos fondateurs en 1906 était de former des leaders responsables, des leaders citoyens. À l’époque la préoccupation première portait sur la condition des travailleurs mais on voit bien que ces principes originels perdurent jusqu’à aujourd’hui. C’est ce qui me rend confiant dans la capacité de l’EDHEC à réussir cette nouvelle phase, c’est dans notre ADN. Il y a vingt ans, tout le monde voulait travailler dans le marketing ou le conseil financier ; c’était les grandes entreprises sinon rien. Aujourd’hui on voit émerger une génération pour qui l’éthique, le sens et l’impact sont les facteurs de choix. Vous avez aussi beaucoup parlé de changement et d’adaptabilité. C’est une question clé pour nous : comment enseigner le changement ? Apprendre à nos étudiants à être agiles et à devenir des faiseurs de changement ce n’est pas facile. Mais je suis convaincu que vous exposer à de nouveaux sujets et élargir vos horizons est la clé pour vous apprendre à vous adapter, vous apprendre à apprendre, et vous permettre de transposer vos connaissances d’un secteur à un autre.

Parlons technologie et transmission de connaissances : à quoi ressembleront les Business Schools dans 10 ans ?

_S.C. : Je pense que deux facteurs vont profondément transformer l’expérience d’apprentissage : la data et internet. Avec la crise du Covid-19, beaucoup d’écoles se sont dotées de la capacité de mener des classes en ligne et ont dû repenser le rôle de leurs campus. Je ne crois pas que ces transformations vont s’arrêter avec la fin de la pandémie. Les infrastructures mises en place ont prouvé leur efficacité. Pour la data, il s’agit déjà de la ressource la plus précieuse au monde ; les matières comme Data Analytics ou Machine Learning ne seront bientôt plus des électifs de pointe mais des troncs communs à tous les cursus.

_E.M. : Est-ce qu’il nous faut remplacer vos professeurs par des robots ou des machines alors ?

_S.C. : Non, rien ne remplacera jamais l’enseignement en personne, le business se nourrit de la vraie vie, des vraies expériences et de vraies personnes. Mais le rôle des enseignants va évoluer grâce aux outils à leur disposition pour une expérience de classe augmentée par la technologie.

_N.A. : Je pense que la différence se jouera sur la capacité d’une Business School à proposer des parcours sur-mesure à ses étudiants. Toutes les écoles auront intégré la technologie à leurs plateformes d’enseignement. Mais la capacité à utiliser des choses comme le machine learning pour concevoir l’expérience d’apprentissage et la personnaliser aux goûts et ambitions de chacun sera très certainement un facteur de compétitivité.

_S.F. : Elles seront plus expérientielles et donneront accès à des connaissances plus spécialisées grâce à la technologie et à la globalisation. Nous aurons accès à des experts que nous ne pourrions rêver d’avoir en personne, des business cases que nous ne pourrions résoudre de la même manière sans une expérience augmentée de l’apprentissage.

Finissons sur une question simple : qu’avez-vous envie d’apprendre et de vivre ?

_N.A. : Les compétences de base que l’on attendra de moi en entreprise. Des cas concrets et actuels qui me confrontent aux dernières tendances. J’aimerais aussi explorer des sujets que l’on ne rencontre pas d’habitude en Business School, et voir comment je peux les intégrer à ma future carrière.

_S.C. : Je veux apprendre en faisant. Et continuer de repousser les limites de ma connaissance. Un sujet isolé comme la gamification a eu un impact considérable sur mon apprentissage à l’EDHEC. J’ai commencé à l’intégrer à tous mes autres cours et ça a été une vraie révélation.

_L.C. : Je prends tout ce que je peux apprendre ! Et je veux pouvoir donner à mon diplôme une coloration personnelle en choisissant les cours les mieux adaptés à mon plan de carrière. Il faut qu’il me ressemble, qu’il soit à l’image de la jeune professionnelle que j’entends devenir.

_S.F. : Plus que tout je veux continuer à être exposé aux thématiques nouvelles et émergentes. Et je veux pouvoir continuer à rencontrer des personnes qui ont des expériences et viennent de milieux différents du mien pour grandir.

_E.M. : C’est une période exceptionnelle que vous vivez, une situation inédite qui n’est pas évidente à naviguer. Mais vous réaliserez dans quelques années que vous avez pris part à quelque chose de très fort qui vous a façonné et vous a endurci. Une capacité à la résilience qui sera le marqueur de votre génération. La crise que nous traversons renforce la nécessité d’agir pour la société et les générations futures. J’aimerais vous remercier personnellement, chacun d’entre vous, pour votre implication et la discussion extrêmement enrichissante que nous venons d’avoir. C’est essentiel, pour notre école et pour moi, de vous impliquer de la sorte dans la construction de notre avenir commun.

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