« L’Intelligence Artificielle, l’exosquelette du juriste augmenté »

Compte-rendu de la Table-ronde "Transformation et Juriste augmenté : quelles compétences ? quel profil ? quel recrutement ?

Publié le 13 avril 2018.


« Juriste Augmenté, LegalTech, Transition Digitale…», les mots clés sont posés par Christophe Collard, Professeur de Droit et représentant du Pôle LegalEDHEC à l’initiative de la table-ronde « Transformation Digitale et Juriste Augmenté : quel profil ? quelles compétences ? quel recrutement ? » qui s’est tenue vendredi 6 avril sur le campus EDHEC Business School de Paris en présence de près de 80 professionnels du droit, avocat, directeurs juridiques et des NTIC. Au-délà des termes valises, quelles réalités ? quels enjeux ? quel impact sur les professions juridiques ? Un panel d’intervenants spécialistes du recrutement, de l’Intelligence Artificielle et du Droit étaient présents pour échanger autour de ces questions.

En ouverture de la conférence, Isabelle Rouhan, Directrice d’un Cabinet de recrutement qui accompagne la mutation digitale des entreprises (Colibri Talent), dresse un état des lieux : « En France, la legal tech est le secteur qui a connu la croissance la plus rapide des levées de fonds en 2017. Une multiplication par 13 en seulement 3 ans, soit 52M€. […] Legal Strat a accompagné 60 000 entreprises depuis sa création. » Un secteur dont le dynamisme se confirme également outre atlantique ( avec « 67 deals de levées de fond en 2017, 25 % des entreprises créées avec LegalZoom »). Ces signaux signifient une évolution des compétences et des métiers du Droit. Concrètement, « L’intelligence artificielle va accélérer et automatiser une partie du travail juridique, lié à la recherche documentaire, et à la rédaction d’actes standardisés ».

Mais pour autant, la machine va-t-elle remplacer l’homme ? Non, répond Isabelle Rouhan qui y voit même « une opportunité » car on ne peut remplacer l’expérience utilisateur. « Seuls 5 % des postes seraient susceptibles d’être intégralement remplacés par des machines ou des robots. En revanche, le besoin d’adaptation du monde du travail sera massif puisque près de 60 % des emplois pourraient être partiellement automatisés. »

Quelle qualité devra posséder le juriste ? Il devra être « AGILE », savoir s’adapter tout au long de sa carrière notamment aux nouvelles technologies et se les approprier afin que le temps qu’il gagne soit consacré à fournir une meilleure qualité de service, du « sens » aux clients et aux partenaires. Ensuite, « le rôle du management est clé pour faire de la transformation un succès ». Bien manager le changement permettra de collecter tous les bénéfices de la LegalTech : favoriser l’accès au droit de certains marchés trop petits, la collaboration entre les acteurs du droit en simplifiant la mise en relation, accompagner les mutations de demain ( ex. blockchain pour le tiers de confiance).

Selon Lise Damelet, avocate au Barreau de Paris, co-fondatrice de l'Incubateur du Barreau de Paris « les cabinets d’avocats se demandent comment travailler avec des clients qui accélèrent leur transformation digitale ». C’est pourquoi, un réseau d’incubateurs s’est créé partout en France pour accompagner et rassurer. Il n’est pas question d’« avocat ubérisé ».

Thierry Dor, avocat au Barreau de Paris, associé du cabinet Gide détaillent les missions quotidiennes mobilisant des LegalTech telles que « l’automatisation des contrats ou des pactes d’actionnaires" ;

Et du côté des clients, comment est-ce que cela se passe ? Hubert Armandon, responsable concurrence, régulations et contrats, Groupe Lagardère, raconte que « le juriste n’est pas en train de découvrir le numérique ». Il travaille déjà avec des logiciels spécialisés permettant par exemple le flux d’indexation de contrat ou la signature électronique. Par ailleurs, « chez Lagardère, la vision du juriste est confrontée à celle de l’informaticien » afin notamment d’évaluer en amont si la solution peut techniquement être mise en place et si elle est adaptée. « Il faut aussi prendre en compte les aspects RGPD et les notions de sécurité des données. »

Se pose aussi la question de la formation dont l’offre se développe et « bouge très vite » selon Lise Damelet. Le juriste augmenté devra t-il savoir coder ? Pas nécessairement. Le plus important consistera à avoir une appétence pour les nouvelles technologies mais soit surtout être capable de communiquer et de gérer ces nouveaux outils en maitre d’ouvrage, d’avoir un « rôle de chef de projet ». « Au-delà d’être un fournisseur d’information spécialisée, le juriste s’insère dans une organisation de conseils à haute valeur ajoutée. ». Pour les professionnels du droit, il s’agit surtout de s’adapter en termes organisationnels.

Selon Alexandre Lebrun, directeur de la branche Engineering au sein de Facebook Artificial Intelligence Research à Paris, tout l’enjeu est aussi de relever le défi du financement et de la transversalité nécessaires au succès des LegalTech.

En effet, les directions juridiques sont encore dans l’expectative. Est-ce que l’avenir ne consisterait pas à créer des plateformes autour de la fonction juridique ? demande un participant.

Pour les cabinets d’avocat l’investissement dans les LegalTech peut représenter jusqu’à 20% du CA et nous peinons encore à avoir une approche commune regrette Thierry Dor.

Toutefois, une plateforme de crowdfunding est en train d’être lancée pour permettre aux petites structures d’accéder à ces nouveaux outils.

Car il n’y en a pas qu’un, ces outils sont complémentaires et peuvent intervenir à des niveaux très distincts, « on ne peut pas parler de véritable concurrence entre les IA » selon Alexandre Lebrun. Mais, le but est d’inciter les juristes à véritablement apporter plus de valeur au client en s’appuyant sur l’une ou plusieurs d’entre elles comme l’évaluation du risque juridique par exemple.

La conclusion revient à une participante « l’IA sera l’exosquelette du juriste qui s’en trouvera augmenté ».

Accéder à la présentation proposée par Isabelle Rouhan. 

 

 

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