Quand des tiers-lieux réinventent l’hôtellerie

Partenaire académique du projet WIDE OPEN, EDHEC Business School soutient ce tour du monde des écosystèmes d’innovation positive.

Publié le 19 juin 2019.


Pour la 7e étape de Wide Open Project, tour du monde du placemaking – ces espaces hybrides transformant positivement leur territoire – Léa Massaré di Duca, EDHEC Alumni, a fait escale à Lisbonne. L’occasion de se pencher sur une question structurante sur ce territoire, le tourisme. Zoom sur Impact House et Largo Residencias, deux cas de tiers-lieux hôteliers à impact positif, révélant en creux les insuffisances de l’industrie hôtelière traditionnelle.

 

La disneylandisation de Lisbonne

La capitale portugaise, victime de son succès, voit depuis quelques années son centre-ville transfiguré par le tourisme de masse. Les quartiers se gentrifient un par un, les logements permanents se raréfient au profit de locations airbnbs, et les locaux sont progressivement dépossédés économiquement du droit de vivre dans leur propre ville. Le triste phénomène de « Disneylandisation » est en marche.

Or qu’est-ce qu’un hôtel ? Hormis quelques propositions anecdotiques, la plupart des établissements traditionnels se limitent aujourd’hui à leur définition selon le Larousse « un établissement commercial mettant à la disposition d’une clientèle itinérante des chambres meublées pour un prix journalier ». Dans un contexte de crises migratoire et écologique sans précédent, de gentrification rampante et de polarisation des sociétés, n’est-il pas grand temps de déplafonner cette définition ?

 

Et si l’hôtel devenait un espace de vie ?

De la même manière que l’industrie automobile, plutôt que se cantonner à la production de voitures, devrait chercher à relever l’immense défi de la mobilité urbaine, l’industrie hôtelière n’a-t-elle pas mieux à proposer que des lits confortables et des formules petit-déjeuner ? Et si l’hôtel devenait un espace de vie, d’apprentissages, de rencontres, ouvert sur le quartier. Le touriste, plutôt que consommateur d’expériences préfabriquées et instagramables – pourrait entrer dans la valse d’un lieu vivant ancré dans son territoire, et cela non plus au seul profit de l’hôtelier mais également à celui des communautés locales. Impact House et Largo Residencias nous montrent par leur exemple qu’il ne s’agit pas d’une utopie et que l’hôtellerie de demain se passe dès aujourd’hui.

 

Impact House

Cette auberge de jeunesse fait figure d’exemple en termes d’économie circulaire. Située dans le quartier traditionnel d’Estrela, Impact House a certainement l’impact carbone le plus faible de la côte ibérique : mobilier construit à partir de matériaux recyclés, circuit court, surplus alimentaire redistribué ou composté, autres déchets réduits au grand minimum et bien-sûr triés. L’espace est bien plus qu’une auberge. C’est également une structure de réinsertion offrant leur chance aux chômeurs de longue durée, une boutique de produits responsables, un point de récolte de dons matériels pour les associations, un lieu de résidence artistique, un espace d’exposition ainsi qu’un centre évènementiel pluriel proposant cours de yoga gratuits, workshops DIY, conférences ou ciné-débats pour tous, voyageurs ou locaux.

L’espace fonctionne par ailleurs comme un vivier d’idées et de ressources autant humaines que matérielles pour des dizaines d’associations locales puisque viennent y séjourner entre autres les voyageurs d’Impactrip, ayant choisi le volontariat comme mode de découverte du territoire. En plus de soutenir au maximum le tissu associatif et commercial local, l’établissement sensibilise plus largement tous ses publics – résidents ou non – aux grands enjeux du quartier et plus largement de notre époque. Un rappel certain de l’importance de l’impact intangible des espaces sur leurs usagers, qui mériterait d’être pris en compte par les outils d’évaluation, au même titre que leurs empreintes écologique ou sociale.

 

Largo Residencias

Largo Residencias est à la fois une auberge, un hôtel, un centre de résidence artistique et un café au sein d’une bâtisse du XIXe siècle, au cœur du quartier hautement gentrifié d’Intendente. Soutenu par un programme municipal en 2011, l’établissement est aujourd’hui géré par une coopérative et a pour buts principaux l’activation de la vie culturelle locale et l’inclusion sociale des plus vulnérables du quartier. Crée dans les temps durs de la crise, l’établissement a fait le choix actif d’un ancrage local fort, en s’associant aux communautés locales, aux commerces locaux souffrant de la gentrification, ou même en employant une quinzaine d’habitants du quartier ou même par le lancement de projets en soutien aux associations locales.

Bien au-delà d’un simple hôtel, l’espace est aujourd’hui d’utilité publique : terrain d’expérimentation pour artistes engagés, l’établissement est également connecté à un large réseau d’espaces positifs, ainsi qu’à la municipalité-même, offrant ainsi une puissante caisse de résonnance aux problématiques urbaines locales. C’est ici que la question de l’ancrage prend tout son sens, et le cas de Largo montre qu’un espace ancré a le pouvoir de transformer hôteliers et clients – potentiels gentrificateurs par défaut – en des acteurs positifs pour le territoire et ses communautés.

 

Hôtel, plateforme de communautés ?

La force de ces espaces hôteliers hybrides, ne réside pas dans leur literie ou leur stratégie de branding, mais bien dans la force des communautés qu’ils accueillent et activent. A la manière de plateformes, ce sont leurs propres usagers qui l’animent. Clients, volontaires, artistes, locaux font la vie du lieu et lui donnent ses couleurs. En retour ces espaces, en offrant des moments de rencontre, d’échanges et d’expériences partagées à tous – voyageurs ou locaux – se font vecteurs de mixité, d’inclusion et de dynamisme territorial.

A partir du moment où l’espace laisse place aux imprévus, aux accidents, à la spontanéité de sa communauté, il peut offrir des expériences transformatrices à tous ses résidents : inspiration, idées, collaborations, prises de conscience, souvenirs partagés… A croire que l’hôtel pourrait être un voyage en soi.

Sans renoncer à la rentabilité, ne pas oublier les communautés. Au-delà des seuls voyageurs, proposer un espace prêt à accueillir tout ce qui veut naître sur le territoire, et a besoin d’un espace pour fleurir. Offrir à tous un lieu où apprendre à s’ouvrir à la différence et se transformer à son contact.  Et si c’était ça, après tout, l’hôtellerie de demain ?

 

WideOpen, un projet soutenu par EDHEC Business School

Diplômée EDHEC à l'issue du Parcours Apprentissage Européen, Léa Massaré Di Duca, fondatrice du projet WideOpen, fait le tour du monde des écosystèmes d'innovation positive, s'inscrivant ainsi dans ce mouvement émergent à l'international. 

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