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Scientific Climate Ratings : la notation qui manquait aux investisseurs

Rémy Estran-Fraioli , CEO – Scientific Climate Ratings (an EDHEC Venture)

Dans cet article, Rémy Estran-Fraioli, CEO de Scientific Climate Ratings (an EDHEC Venture), revient sur la création et les premiers succès de « la première agence de notation spécialisée dans l'impact financier du risque climatique ».

Temps de lecture :
20 Avr 2026
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Comment évaluer la réalité financière du risque climatique ? C’est la question à laquelle répond aujourd’hui Scientific Climate Ratings (an EDHEC Venture), un projet développé au sein de l’EDHEC Business School, en proposant un système de notation unique. Pour comprendre son fonctionnement, nous avons échangé avec Rémy Estran-Fraioli, directeur général de cette initiative lancée en 2025.

  • Cet article a été initialement publié dans le magazine EDHEC Vox n°17, disponible ici

 

Face au risque de greenwashing ou à l’opportunisme écologique, les questions climatiques nécessitent la mise en oeuvre d’un langage commun. Elles exigent également la mise en place d’outils partagés et solides, permettant de normaliser l’évaluation de l’impact climatique, et sa meilleure prise en compte dans les décisions financières.

 

C’est ici que Scientific Climate Ratings, une startup scientifique développée au sein de l’EDHEC, prend tout son sens. S’inscrivant directement dans l’action de l’EDHEC Climate Institute, elle s’appuie sur plusieurs décennies de travaux de recherche articulés autour de la finance du climat et des infrastructures.

Décrite par son CEO Rémy Estran-Fraioli comme « la première agence de notation dédiée à la matérialité financière du risque climatique, une véritable rupture par rapport aux notations ESG traditionnelles », elle ouvre la voie à la création d’un nouveau langage financier autour du climat, crédible et fondé sur la science.

 

Au-delà de la simple notation

Scientific Climate Ratings structure ses travaux autour de deux types de notation essentiels.

Le premier type de notation, intitulé Climate Exposure Ratings (CER), mesure l’exposition d’un actif aux risques climatiques futurs, en s’appuyant sur un scénario climatique de continuité. « Pour le risque de transition, nous évaluons les émissions de toute la chaîne de valeur – depuis la production jusqu’à l’usage final – afin de mesurer l’intensité carbone totale des actifs et leur sensibilité au coût du carbone. Pour les risques physiques, nous identifions leur exposition aux aléas climatiques comme les tempêtes, les inondations, les vagues de chaleur ou les feux de forêt grâce à des données satellitaires et géospatiales », illustre Rémy Estran-Fraioli. Des « fonctions de dommages » permettent ensuite de convertir ces aléas climatiques en pertes financières potentielles. Cette note, qui va de A (pour les actifs les moins exposés) à G (pour les plus exposés), se concentre aujourd’hui sur les infrastructures et couvre plus de 6 000 installations à travers le monde.

Le deuxième type de notation, le Climate Risk Ratings (CRR), va un cran plus loin et intègre des données de risques climatiques dans les modèles de valorisation financière. « Comme pour les notations d’exposition, nous regroupons toutes les informations sur le risque en une mesure synthétique, qui va de A à G. Mais à côté de ça, nous incluons une analyse de l’impact attendu sur la valeur des actifs », explique le spécialiste en finance climatique. Ces mesures sont effectuées sur sept scénarios d’avenir différenciés, qui sont ensuite probabilisés. « L’idée est de prendre en compte tous les états du monde possibles – en tout cas tous ceux qui sont scénarisés – et leurs probabilités d’occurrence, afin d’y associer un niveau de risque. » Enfin, ces notations intègrent les mesures d’adaptation et de résilience mises en place par les infrastructures, et prennent ainsi en compte les efforts déployés sur le terrain.

 

Dépasser les scores ESG avec l’écosystème EDHEC

À l’EDHEC, l’intégration des mesures de décarbonation et de résilience est rendue possible par l’utilisation de la base de données ClimaTech créée et soutenue par l’EDHEC Climate Institute, qui répertorie et analyse l’efficacité des stratégies de réduction des émissions ou de limitation des dommages sur les infrastructures.

Un partenariat dans la lignée des travaux menés par l’EDHEC Infrastructure & Private Assets Research Institute, tout en étant au coeur du plan stratégique « Générations 2050 », lequel fait de la finance du climat un de ses trois piliers. « La devise de l’EDHEC, c’est Unleash Tomorrow. Quel meilleur outil pour s’inscrire dans le futur de la finance climatique que de lancer une agence de notation ? », résume Rémy Estran-Fraioli.

Au-delà du cadre de l’école, Scientific Climate Ratings opère dans un contexte international de notation climatique relativement cacophonique, qui freine aujourd’hui la prise en compte du climat dans l’évaluation financière. « Les scores ESG agrègent des dimensions environnementales, sociales et de gouvernance. En cherchant à tout mesurer simultanément, ils produisent un signal peu lisible et, surtout, ils diluent l’impact spécifique du risque climatique », estime le scientifique. En plaçant la matérialité financière de ce risque au coeur de ses notations, l’agence évite cet écueil. Le projet se distingue également des plateformes des assureurs : « Là où la plupart se limitent à des niveaux d’exposition de type “high, medium, low”, nous quantifions précisément l’impact financier du risque climatique. »

 

Une initiative scientifique

Outre son positionnement unique, Scientific Climate Ratings valorise aujourd’hui une approche strictement scientifique. Les données utilisées par les modèles de notation sont issues de sources fiables, comme la NASA ou l’ESA. Les modèles climatiques eux-mêmes se fondent sur les travaux du GIEC ou de Copernicus. L’utilisation de la base de données ClimaTech, qui s’appuie sur un passage au crible de la littérature scientifique, s’inscrit dans la même logique. Enfin, les fonctions de dommages mobilisées dans les modèles font elles aussi l’objet d’une validation rigoureuse par des experts scientifiques. 

 

Au-delà de la méthode, les équipes de direction de Scientific Climate Ratings incarnent une forme d’excellence scientifique. « Nous avons tous un background scientifique et nous nous appuyons sur des comités de supervision, stratégiques et méthodologiques eux-mêmes composés d’experts internationaux reconnus sur les sujets du climat, de la finance ou de la modélisation des risques. Dans un domaine souvent saturé d’opinions et de narratifs, cette rigueur scientifique est aujourd’hui un vrai différenciant », analyse Rémy Estran-Fraioli.

 

Valoriser le coût de l’inaction

Aujourd’hui, Scientific Climate Ratings s’adresse à trois grandes catégories d’acteurs. Les investisseurs utilisent cette notation pour identifier les actifs à risque et prendre des décisions en conséquence. Les opérateurs d’infrastructures peuvent faire appel à l’agence pour identifier leurs vulnérabilités, prioriser les investissements de résilience ou dialoguer avec les financeurs. Enfin, les modèles de Scientific Climate Ratings peuvent enrichir les méthodologies des institutions financières.

 

C’est ce qui caractérise la collaboration avec la Banque mondiale, un des premiers clients de la startup scientifique. « Nous avons quantifié financièrement la matérialité du risque climatique pour trois actifs d’infrastructures critiques au Brésil : une installation de distribution d’électricité, une infrastructure routière et une autre de traitement de l’eau. Nous avons ensuite mesuré la valeur créée par différents investissements de résilience, afin d’en déterminer un taux de rentabilité interne (TRI). La Banque mondiale utilise aujourd’hui ces modèles pour montrer que les investissements dans la résilience climatique ne représentent pas seulement un coût, ils peuvent être de véritables leviers de création de valeur. Ils permettent de réduire les pertes futures, de protéger la valorisation des actifs et de générer un rendement positif à long terme. »

 

Des infrastructures privées aux sociétés cotées

Lancée en 2025, Scientific Climate Ratings est déjà pleinement opérationnelle sur les infrastructures. « Il était important de commencer par une niche où nous disposions d’un avantage compétitif clair. C’est le cas à l’EDHEC sur le segment des infrastructures, notamment grâce à un travail mené avec la Monetary Authority of Singapore, qui a permis de constituer la plus grande base de données financière et extra-financière au monde sur les actifs d’infrastructures », précise Rémy Estran-Fraioli. À partir de 2026, l’agence étendra son périmètre aux sociétés cotées.

 

À plus long terme, le chercheur et CEO se fixe trois objectifs principaux. Le premier consiste à faire de Scientific Climate Ratings la référence internationale du risque climatique, à l’image de S&P ou Moody’s dans le domaine du risque de crédit. Le second vise à intégrer les enjeux climatiques au coeur de toutes les décisions financières, qu’il s’agisse d’investisseurs institutionnels ou de gestionnaires d’actifs. Le troisième enfin porte sur une augmentation significative de la couverture de notation, auprès des sociétés cotées, mais aussi de l’immobilier et du private equity (capital investissement). Pour y parvenir, Rémy Estran-Fraioli peut compter sur une équipe déjà forte d’une trentaine de collaborateurs répartis entre Londres, Paris et Singapour, ainsi que sur le soutien constant de l’EDHEC et du Climate Institute, qui accompagnent la structuration et le développement rapide de l’agence. 

 

Ainsi, la finance climatique dispose désormais de son agence de notation, et les conséquences sur l’évaluation du risque financier sont majeures : au-delà de la puissance de l’outil, c’est un véritable changement de culture qui s’amorce.

 

 

Photo par Paulo Simões Mendes via Unsplash