La philosophie a-t ’elle une place en management ?

Brigitte Aiache

La philosophie, que l'on définit traditionnellement par amour de la sagesse, a pour vocation d'instituer par le questionnement, un discours.

Cependant, qu'est-ce que le discours philosophique ?

Platon inventait le Logos ou « droite philosophie », pour combattre la rhétorique des sophistes, responsable, à ses yeux, de la mort de Socrate.

Le Logos ou discours démonstratif a-t-il sa place dans le management ? En quoi la philosophie s'inscrit-elle dans la démarche de la Learning TeamTM ?
 

 

L'accompagnement philosophique ne peut être assimilé à du Coaching ou Développement personnel, mené auprès de managers pour les rendre plus performants. Pourtant il s'y associe, en les initiant à une réflexion sur soi.

Notre propos ici est de démontrer en quoi la philosophie a toute sa place dans le management, bien que l'on ait coutume d'associer philosophie et pensée théorique, abstraite, versus management et action concrète, pragmatique.

Nous avons volontairement décidé de choisir Nietzsche pour expliciter le lien entre philosophie et management.

Nous démontrerons, à ce titre, que la déconstruction-construction, proprement nietzschéenne, s'associe étroitement à la méthodologie de la Learning TeamTM.

 

 

Reprenons les grandes lignes de la pensée nietzschéenne, de façon didactique :
Nietzsche, père de l'athéisme moderne, déconstruit l'idée de Vérité ou idée de Dieu.

La croyance en Dieu engendre une mésinterprétation de la connaissance, puisque la croyance en Dieu relève de la « fausse croyance », responsable de la falsification des valeurs de l'humanité.
Nietzsche construit alors une connaissance en dehors de l'idée de Vérité ; nous dirons que c'est la ruine de la Vérité qui donne à la connaissance toute sa dimension. La connaissance, par l'absence  de la vérité, prend une réalité nouvelle.

Ce n'est pas le doute, « qui me fait trembler », expliquera Nietzsche, ce sont les certitudes.

Dans cette perspective, il n'y a pas de faits en eux-mêmes. Les faits sont des faits fictifs et notre connaissance de ces faits est fictive.

En d'autres termes, il n'y a pas d'affirmations, il n'y a que des interprétations.

Ainsi, la connaissance ne se pense pas en termes de vérité, mais en termes d'interprétation. L'intelligibilité du monde est à créer et non à redécouvrir, comme l'affirmaient les rationalistes tels que Platon ou Descartes.

 

 

En abolissant l'idée de Dieu ou de Vérité, Nietzsche dénonce ainsi la volonté propre à l'homme de vouloir la vérité à tout prix et d'éviter volontairement l'erreur. « Mais pourquoi donc ne pas tromper ? Et pourquoi ne pas se laisser tromper ? » interroge-t-il dans le Gai Savoir [1]: l'erreur ne s'associe pas au faux, puisqu'il n'y a plus de vérité. L'erreur devient nécessaire à la connaissance en s'identifiant à l'interprétation.

 

Précisons la notion d'erreur :

L'erreur est le sens que nous mettons dans les choses. Passer d'une erreur à une erreur moins grande, c'est passer d'une interprétation à une interprétation plus grande. C’est la multiplicité des interprétations qui donne au monde toute son intelligibilité.

 

 

Le monde, au sens nietzschéen, est déréalisé dans la mesure où  nous ne cessons pas d'interpréter, de créer, de mettre des valeurs et du sens dans les choses. Le monde est alors notre œuvre. La déconstruction de la Vérité amène à la croyance dans la puissance créatrice de l'esprit.

 

 

C'est donc par le biais de la déconstruction que l'homme devient créateur de valeurs, et qu'il se libère de ses préjugés, de ses fausses croyances, de toutes les barrières qu'il s'est mis à lui-même et par les lesquelles il s'est enchaîné.

 

 

La déconstruction- construction est un travail sur soi, qui ouvre à chacun des champs d'exploration sur soi-même. Nietzsche ne nous donne pas ou ne nous propose pas une recette universelle ou une formule toute faite du bonheur. Il nous fait prendre conscience que chacun possède en lui-même les ressources nécessaires pour découvrir un chemin existentiel personnel, chemin qui sera une source d'inspiration dans la construction de soi-même.

 

 

« Rien n'est vrai, tout est permis » affirmait Nietzsche dans Le voyageur et son ombre[2], mais aussi dans  La généalogie de la Morale[3].

Cette phrase si dérangeante et si peu politiquement correcte, a souvent été mal interprétée.

Il ne s'agit pas de faire tout et n'importe quoi, mais d'affirmer que l'on peut tout, c'est-à-dire d'affirmer que le pouvoir de faire n'oblige pas le devoir de faire.

Nous dirons que c'est par le pouvoir de faire et non par le devoir de faire que nous devenons l'ami de nous-même.

Mais qu'est-ce qu'être l'ami de soi-même ?

Devenir son propre ami, c'est se concentrer sur soi, garder ses forces intactes pour les démultiplier, c'est apprendre à devenir autonome, à innover, à créer, en s'installant au centre de soi-même.

 

 

Ce détour par la pensée nietzschéenne n'a pas l'ambition d'être une explication de la philosophie de Nietzsche, mais démontre en quoi la démarche nietzschéenne s'associe étroitement à la méthodologie  et à l’esprit de la Learning TeamTM.

En effet, la question du sens ne peut être appréhendée qu'une fois que l'on a déposé tous les fardeaux qui obscurcissent notre pensée et qui inhibent notre action

Le travail de déconstruction des fausses croyances, des préjugés, des projections et des associations d'idées erronées, alimente la question du sens et fait émerger la question de l'envie d'apprendre.

C'est en se concentrant sur soi-même que surgit cette envie ; c'est en étant à l'écoute de soi-même que la problématique du désir apparaît.

Comment prendre conscience de ce que nous avons besoin d'apprendre sans l'envie d'apprendre ?

La question du sens et de l'envie d'apprendre sont précisément au centre du travail en Learning TeamTM et plus globalement, au cœur des travaux de la Chaire Leadership de l’Edhec.

 

Brigitte Aiache

 

[1] Le Gai Savoir, 1882.

[2] Le voyageur et son ombre, 1909

 

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