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6 questions à Michael Antioco sur le Research Integrity Review Committee de l’EDHEC

Michael Antioco , Professor - Dean of Faculty and Research

Dans cette interview, le Doyen du corps professoral et de la recherche de l'EDHEC, Michael Antioco, fait le point sur le RIRC (Research Integrity Review Committee), instance d'évaluation de l'éthique des projets de recherche de l'école - données, conflits d'intérêts, participants, protocoles...

Temps de lecture :
29 Mai 2026
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Pourriez-vous présenter en quelques mots le Research Integrity Review Committee (RIRC) de l'EDHEC ?

Michael Antioco : Le RIRC est une instance dédiée à l’évaluation éthique des projets de recherche menés au sein de l’EDHEC. Sa mission est d’identifier en amont les risques liés à l’intégrité scientifique - qu’il s’agisse de protection des données, de conflits d’intérêts, de traitement des participants ou encore de robustesse des protocoles - et d’accompagner les chercheurs dans la mise en conformité avec les standards internationaux, ou de simplement valider leurs projets lorsqu’ils y répondent déjà.

Ces standards sont aujourd’hui largement partagés par les meilleures institutions académiques mondiales, qui ont structuré des dispositifs similaires et dont nous nous inspirons également. Ils correspondent de plus en plus aux attentes des revues académiques, qui ont renforcé leurs exigences en matière d’éthique et d’intégrité de la recherche ces dernières années.

Le RIRC s’inscrit donc dans cette double logique : s’aligner sur les meilleures pratiques internationales et permettre à nos chercheurs d’anticiper les exigences des revues, tout en contribuant à une démarche globale de qualité et de responsabilisation scientifique, plus que de simple conformité.

 

Vous en êtes à l'origine en tant que Doyen de la Faculté et de la Recherche, mais ce comité est désormais indépendant, géré par cinq professeurs de l'école. Pourquoi est-ce important ? Comment assurez-vous son indépendance ?

Michael Antioco : L’indépendance est essentielle pour garantir la crédibilité et la légitimité du comité. Un dispositif perçu comme dépendant de la direction de la faculté pourrait susciter des biais ou une suspicion de biais dans l’évaluation des projets.

Cette indépendance repose sur plusieurs mécanismes :

  • Une composition collégiale de cinq professeurs reconnus, issus de disciplines différentes.
  • Un fonctionnement transparent, avec des procédures formalisées.
  • Une séparation claire entre les rôles de gouvernance académique et d’évaluation éthique.

 

Certaines procédures sont encore en cours de maturation : le RIRC est une structure récente, et nous apprenons aussi au fur et à mesure de son fonctionnement. Elles ont donc vocation à évoluer et à s’affiner avec l’expérience.

Par ailleurs, nous avons mis en place un support administratif dédié, avec une personne en charge du secrétariat du comité. Cette fonction est rattachée au décanat sur le plan organisationnel, mais elle opère de manière indépendante dans le cadre du RIRC. Elle permet de centraliser les demandes, d’organiser les échanges et de garantir que le processus d’évaluation reste bien distinct des fonctions de gouvernance.

Le décanat n’intervient pas dans le processus d’évaluation lui-même : il est uniquement destinataire des décisions, sauf en cas de point particulier nécessitant un échange. Cela constitue une garantie supplémentaire d’indépendance.

 

Chaque professeur évalue ex ante s'il soumet ou non son projet au RIRC. Pour autant, comment évaluez-vous et accompagnez-vous les risques liés à ces auto-évaluations ?

Michael Antioco : C’est une question importante. Ce modèle repose sur la responsabilisation des chercheurs, ce qui est cohérent avec les standards internationaux, mais il suppose aussi un accompagnement.

Nous agissons à plusieurs niveaux :

  • En clarifiant les critères de soumission, à travers des lignes directrices simples.
  • En développant une culture commune de l’éthique de la recherche.
  • En encourageant une approche plutôt prudente : en cas de doute, la soumission en amont est toujours vivement recommandée.

 

L’esprit du dispositif est bien d’intervenir avant la mise en œuvre des projets, et non d’évaluer des situations a posteriori. Ce n’est pas une question de principe, mais de cohérence : l’objectif du comité est d’accompagner les choix méthodologiques et éthiques au moment où ils se construisent, là où il peut réellement être utile.

Cela ne remet pas en cause la responsabilité ni le professionnalisme des chercheurs. Il s’agit plutôt d’installer progressivement des réflexes collectifs dans un environnement où les attentes évoluent rapidement, notamment du côté des revues.

À terme, l’objectif est que cette auto-évaluation devienne de plus en plus homogène et robuste au sein de la faculté.

 

Le RIRC est actif depuis plus de 2 ans. En voyez-vous déjà les effets dans l'établissement ?

Michael Antioco : Même si ces dynamiques prennent du temps, plusieurs effets commencent à être visibles : d'abord, une plus grande anticipation des enjeux éthiques dès la conception des projets; ensuite, une amélioration de la documentation des protocoles de recherche; enfin, une sensibilisation accrue aux questions de données et même de reproductibilité de la recherche.

On observe aussi que les échanges avec le comité sont perçus comme une ressource, et non comme une contrainte.

Enfin, cela a un effet plus diffus mais important dans la salle de classe. Les travaux de recherche nourrissent directement nos enseignements, et il est essentiel que nos étudiants, qui sont eux-mêmes très sensibles à ces enjeux, puissent voir que ces recherches s’inscrivent dans un cadre exigeant en matière d’éthique et de responsabilité. Cela contribue à renforcer la cohérence entre ce que nous enseignons et la manière dont nous produisons la connaissance.

 

Y a-t-il une approche différenciée entre jeunes chercheurs et chercheurs seniors ?

Michael Antioco : Le cadre et les exigences sont évidemment les mêmes pour tous. En revanche, les besoins d’accompagnement peuvent différer.

Les jeunes chercheurs sont aujourd’hui souvent très bien formés aux enjeux d’intégrité scientifique, qui font désormais partie intégrante de leur parcours doctoral. Ils arrivent donc avec des réflexes déjà solides sur ces sujets.

À l’inverse, les chercheurs plus expérimentés ont une très forte culture de rigueur scientifique et d’éthique, mais ils peuvent être confrontés à une évolution rapide des standards – notamment sous l’effet des nouvelles exigences des revues, des réglementations sur les données ou encore des transformations liées à l’IA. Dans ce contexte, le comité peut aussi jouer un rôle d’accompagnement pour intégrer ces évolutions.

L’enjeu est donc d’accompagner des trajectoires différentes : des chercheurs qui ont été formés dans des contextes où ces standards étaient déjà très structurés, et d’autres qui doivent parfois les intégrer dans un environnement scientifique qui a profondément évolué.

 

Qu'est-ce que l'IA a changé dans les pratiques et intentions éthiques des scientifiques - en général, et à l'EDHEC ? En quoi cela renforce-t-il la légitimité d'initiatives comme le RIRC ?

Michael Antioco : L’IA a profondément transformé les pratiques de recherche, en facilitant l’accès aux données, l’analyse et même la production de contenus scientifiques. Cela ouvre des opportunités considérables, mais aussi de nouveaux risques : biais algorithmiques, opacité des modèles, ou encore utilisation inappropriée d’outils génératifs.

Dans ce contexte, les enjeux d’intégrité se complexifient. Les chercheurs doivent désormais intégrer de nouvelles dimensions dans leurs choix méthodologiques et éthiques.

 

Ces questions dépassent d’ailleurs le seul cadre de la recherche : elles concernent l’ensemble de l’institution. À l’EDHEC, cela fait l’objet d’une réflexion plus large, portée au niveau de l’école, avec des initiatives en matière de partage de bonnes pratiques, de formation et d’accompagnement des usages de l’IA.

Dans cet ensemble, le RIRC joue un rôle spécifique mais essentiel. Il constitue un espace où ces enjeux peuvent être examinés du point de vue des projets de recherche, en lien avec des situations concrètes. Et assez naturellement, compte tenu de l’engagement des membres du comité, ces questions y trouvent leur place.

L’enjeu n’est donc pas de faire porter au RIRC l’ensemble de la politique liée à l’IA, mais de l’inscrire dans un écosystème plus large, où il contribue à structurer la réflexion éthique dans le champ de la recherche, en articulation avec les initiatives institutionnelles.