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Les investisseurs sous-estiment-ils (fortement) leur exposition au dérèglement climatique ?

Noël Amenc , Associate Professor of Finance
Frédéric Blanc-Brude , EDHECinfra Director
Abhishek Gupta , EDHECinfra Associate Director, Head of infraMetrics® Product Development
Bertrand Jayles , EDHECinfra Senior Sustainability Data Scientist
Darwin Marcelo , EDHECinfra Research Director
Leonard Lum , EDHECinfra
Nishtha Manocha , EDHECinfra Senior Research Engineer
Qinyu Goh , EDHECinfra

Noël Amenc et Frédéric Blanc-Brude, respectivement professeur associé à l'EDHEC et directeur d'EDHEC Infra & Private Assets Research Institute, et leurs 5 co-auteurs, tous chercheurs au sein de cet institut, montrent, dans un article publié initialement sur The Conversation, la diversité et l'ampleur des pertes potentielles auxquelles devront faire face les investisseurs dans différents scénarios de dérèglement climatique.

Temps de lecture :
26 Sep 2023
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Si la transition énergétique a un coût pour les investisseurs privés, le changement climatique aussi. Les phénomènes météorologiques extrêmes (sécheresses, canicules, incendies, tempêtes, inondations, etc.), qui devraient selon les experts se multiplier ces prochaines années, augmentent en effet fortement le risque de perte de valeurs des portefeuilles.

Dans une étude intitulée « It’s getting physical » et publiée en août 2023, l’Infrastructure and Private Assets Research Institute de l’EDHEC montre que certains investisseurs pourraient même voir, avant 2050, la valeur de leur portefeuille baisser de plus de 50 %. L’investisseur moyen, qui détient généralement une petite dizaine d’actifs, pourrait de son côté voir la valeur de son portefeuille baisser de 25 %.

Il y a une raison à cela. Au cours des deux dernières décennies, les investisseurs institutionnels ont alloué de plus en plus de capitaux à des sociétés d’infrastructures privées, qui opèrent dans les péages d’autoroute, les aéroports, les centrales électriques, les ponts, les oléoducs, les fermes éoliennes et photovoltaïques, etc. Cela représente, au total, une valeur de 4,1 trillions de dollars dans les 25 marches les plus actifs. Or, ces infrastructures sont particulièrement exposées aux risques climatiques.

 

Une perte de la valeur de 27 % en moyenne

Pour mesurer les pertes probables des investisseurs dans le domaine des infrastructures, nous avons construit de manière aléatoire des milliers de portefeuilles. Pour cela, nous avons utilisé des centaines d’actifs pour lesquels il est possible d’obtenir des informations sur les risques climatiques associés dans la base infraMetrics créée par l’EDHEC.

Nous avons tout d’abord observé une forte concentration des risques. En effet, la plupart des investisseurs dans le domaine des infrastructures ont généralement peu d’actifs dans leur portefeuille. Ceux-ci sont peu diversifiés, avec un nombre relativement limité d’actifs directement détenus par chaque investisseur.

Par ailleurs, les portefeuilles contenant des actifs liés aux infrastructures sont souvent concentrés sur un seul secteur (par exemple : les parcs éoliens). Concrètement, un investisseur qui a commencé à constituer un portefeuille en 2018, et qui prévoit de conserver ses actifs pendant encore 30 ans, s’expose à des pertes uniquement dues aux risques physiques qui s’échelonnent entre -54 % et -10 %, selon le nombre d’actifs détenus.

En outre, la perte de valeur des actifs exposés au dérèglement climatique est de -27 % en moyenne. Dans un scénario où les températures augmenteraient plus rapidement qu’escompté (Hot House scenario), ces pertes pourraient atteindre 54 % pour les portefeuilles les plus concentrés.

Certains secteurs sont également plus exposés que d’autres aux risques climatiques. Ainsi, dans le secteur des transports, la perte de valeur nette des actifs serait 4 fois plus importante que dans le secteur des énergies renouvelables.

 

Les pays développés sont les plus exposés

Nous relevons enfin que les investisseurs des pays développés (États-Unis, Europe, Australie, etc.) sont les plus exposés aux pertes de valeur dans le monde. En effet, plus un endroit concentre des actifs de valeur, plus les risques de destruction de valeur sont grands.

Cette étude nous montre ainsi l’importance de ces pertes potentielles auxquelles devront faire face les investisseurs. Et ce, avant l’échéance de 2050, tant que les prédictions relatives au changement climatique ne changent pas. Sans action des gouvernements et des autres parties prenantes, les risques climatiques pourraient donc avoir un impact très important sur la valeur globale des investissements, et sur l’économie de manière générale.

Une lueur d’espoir demeure néanmoins : si les parties prenantes parviennent à organiser une transition efficace vers une économie décarbonée, les pertes évoquées dans l’article pourraient être réduites de moitié, pour tous les investisseurs. Il ne reste plus – et c’est sans doute le plus difficile – qu’à agir.


La présentation des résultats de cette étude sera approfondie lors du webinaire « It’s getting physical » organisé par l'EDHEC Infrastructure & Private Assest Research Institute mercredi 27 septembre 2023 de 10h à 11h. Vous pouvez vous inscrire en cliquant ici.


Cet article de Noël Amenc, Professeur de finance, EDHEC Business School; Abhishek Gupta, Associate Director at the EDHEC Infrastructure Institute, EDHEC Business School; Bertrand Jayles, Senior Sustainability Data Scientist, EDHEC Infrastructure & Private Assets Research Institute, EDHEC Business School; Darwin Marcelo, Project Director at the EDHEC Infrastructure & Private Assets Research Institute, EDHEC Business School; Frédéric Blanc-Brude, Directeur de l'EDHEC Infrastructure Institute, EDHEC Business School; Leonard Lum, Data analyst, EDHECinfra, EDHEC Business School; Nishtha Manocha, EDHECinfra Senior Research Engineer, EDHEC Business School, and Qinyu Goh, MSc Urban Science, Sustainability Data Scientist at the EDHEC Infrastructure & Private Assets Research Institute, EDHEC Business School, a été republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

Photo de Justin Ziadeh sur Unsplash

The Conversation