Quelles solutions pour le secteur de l’assurance face à l’environnement de taux bas en Europe ?

Début 2015, la BCE a décidé de procéder à un assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) pour éviter une spirale déflationniste. Une nouvelle étude réalisée conjointement par le pôle de recherche en économie et le pôle de recherche en analyse financière et comptabilité de l’EDHEC Business School explique pourquoi une situation de taux d’intérêt bas constitue pour le secteur de l’assurance un véritable défi, et propose des solutions pour affronter ce contexte.

Depuis plusieurs années, l’économie européenne connaît une forte baisse des taux d’intérêt. Ce processus a été amorcé dès 2008, via une réduction des taux directeurs de la Banque Centrale Européenne. Les taux sont aujourd’hui proches de zéro, voire négatifs selon les pays et les durations. Ce facteur, combiné à une absence d’inflation dans la zone euro, fait craindre un scénario de trappe à liquidité et déflation comme observé au Japon dans les années 90. Début 2015, la BCE a décidé de procéder à un assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) pour éviter ce type de spirale déflationniste. Il s’agit d’un programme ambitieux d’achat de titres par la BCE destiné à inonder les institutions financières européennes de liquidités. En agissant à la baisse sur les taux, notamment longs, la BCE espère relancer l’investissement, la demande privée et donc faire revenir l’inflation vers sa cible historique de 2%.

Dans cette étude, les auteurs analysent en quoi cette situation de taux d’intérêt bas constitue un véritable défi pour le secteur de l’assurance (vie comme non vie)  et déterminent quelles sont les solutions pour s’adapter à ce contexte. En effet, cet environnement vient aggraver encore un peu plus la problématique de la baisse des rendements des portefeuilles, déjà compliquée par les règles prudentielles Solvabilité 2 qui favorisent les actifs moins risqués et l’évolution des règles comptables européennes IFRS qui rigidifient la gestion. Actuellement, les assureurs font face à une exposition accrue au risque de taux qui se traduit par de nombreux défis : gestion de l’écart de sensibilité des actifs et des passifs accentué par Solvabilité 2 et l’augmentation de la volatilité des spreads ; le casse-tête du réinvestissement des obligations arrivant à échéance, des coupons et des nouveaux flux de collecte d’assurance ; la pression sur la marge financière et la compétitivité par rapport aux autres placements. Ces problématiques se posent a fortiori avec une acuité particulière pour les contrats à taux garanti et/ou en rente, et pour les sociétés dont le mismatch actif-passif est important.

Cette étude se décompose en deux parties. Dans la première partie, les auteurs analysent les conséquences macroéconomiques du Quantitative Easing sur la courbe de taux et sur l’inflation. Ils rappellent les principaux mécanismes théoriques à l’œuvre et proposent une mise en perspective historique avec d’autres épisodes de Quantitative Easing aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon. A la différence de certains de ces exemples, l’étude met en évidence les difficultés rencontrées par la BCE pour agir à la hausse sur les anticipations d’inflation. La zone euro semble, au moins à moyen terme, vouée à stagner dans un environnement de taux bas et d’inflation faible.
La seconde partie de l’étude détaille les dangers que font peser les taux bas pour les assureurs et les stratégies disponibles pour en limiter les risques : modification de l’offre commerciale pour les contrats existants (renégociation des garanties existantes, transfert d’épargne vers d’autres contrats moins sensibles aux taux d’intérêt) et pour la nouvelle collecte (adaptation des garanties voire suppression, produits multisupports et/ou structurés) ; adaptation du modèle économique (réduire les coûts opérationnels, renforcer les réserves préventives, adapter la couverture au risque de taux) et, surtout, gérer le gap de duration entre les actifs et les passifs. En effet, ils montrent qu’une gestion actif-passif optimale, c’est-à dire fondée sur un contrôle accru du mismatch de duration et une stratégie de diversification, s’avère plus que jamais, pour les sociétés d’assurance, la réponse la plus adéquate à une situation macroéconomique dégradée.

[En savoir plus : Téléchargez l'étude]

Auteurs

Liliana Arias
Ingénieur de recherche au sein du pôle de recherche d’Analyse Financière et Comptabilité à l’EDHEC Business School.

Guillaume Déderen
Maître des requêtes au Conseil d’Etat, où il siège à la Section sociale, spécialisée en droit du travail et de la sécurité sociale.
Il a intégré en septembre 2015 l’Executive MBA de l’EDHEC , où il est également chercheur associé au sein du Pôle Analyse financière et comptabilité.

Philippe Foulquier
Professeur de finance et de comptabilité, directeur du pôle de recherche «Analyse financière et comptabilité» et directeur du EMBA à Paris, à l’EDHEC.

Tristan-Pierre Maury
Directeur adjoint de recherche au pôle de recherche en économie de l’EDHEC .

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